Consulat du Burkina Faso de Nice

Cimetière des Anciens Combattants

lundi 05 janvier 2015

 

 

CIMETIERE DES ANCIENS COMBATTANTS DE BATIE

 

Le cimetière des anciens combattants se situe à Batié, capitale de la Province du Noumbiel dans le Sud-Ouest du Burkina Faso.
Le Noumbiel est une province à la forme étroite coincée entre le Ghana et la Côte d'Ivoire (on le surnomme "l'orteil du Burkina Faso"), actuellement sous-peuplé avec moins de 200 000 habitants, le Noumbiel était il  y a quelques décennies, une province de garnison, l'essentiel des militaires étant basé à Batié.

 

 

 

Chargé de surveiller les frontières situées à quelques kilomètres à peine, la garnison était importante du temps de la colonisation. En 1932, la Haute-Volta est démantelée ; la partie Nord  et Nord-Ouest du pays sera annexée à l'ancien Soudan français (actuellement le Mali), le Niger récupère le Liptako et l'Oudalan, les deux-tiers sud du pays deviendront la "Haute Côte d'Ivoire".
Batié abritait alors le commandement militaire du secteur ; la frontière du Ghana (anciennement Côte d'Or) alors colonie anglaise, étant toute proche.

Il ne reste quasiment rien de cette époque, hors mis la résidence du Haut-Commissaire de Batié, ancienne résidence du commandant de la garnison (un français), et ce cimetière, réservé aux anciens combattants tirailleurs sénégalais.

 

 


Le cimetière se trouve dans un bois de teck au bord d'une des pistes principales à l'entrée (ou la sortie) de Batié, proche du maquis " Bar vla Baar ".
Peu connu des habitants qui le confondent avec l'actuel cimetière, ce cimetière est actuellement dans un grand état d'abandon.

Malgré plusieurs projets annoncés par la municipalité (construction d'un mur de clôture, réhabilitation des tombes ...), il est encore en octobre 2011, ouvert à tous. Les teck poussent dans les tombes, de nombreux tumuli sont brisés, les plaques d'identifications sont en partie disparues.

 

Le cimetière consiste en une quarantaine de tombes disposées parallèlement en plusieurs rangées. Les tombes sont toutes sur le même modèle : un rectangle inférieur à la taille d'un homme, bordé de cailloux de latérite taillée en carrés. Sur un des petits côtés, on trouve posé sur la terre, un tumulus en terre crue d'environ 50cm de haut recouvert d'une fine couche de ciment sur laquelle est prise une petite plaque circulaire ou en forme de coeur (environ 10 cm de diamètre) donnant le nom, le matricule et la date de décès du soldat. Suivant les modèles de plaques, les renseignements sont légèrement différents, hors mis le nom, prénom et date de décès du militaire.

 

 

 

 

Certains sites internet font état de tombes comportant des noms de fonctionnaires français ; en 2011 tous les noms trouvés sur place ont une consonnance africaine (Afrique de l'Ouest), ce qui pourrait montrer l'état de la dégradation et des vols des plaques. Dans un coin du cimetière, plusieurs tombes récentes montre la continuité dans l'habitude d'enterrer ses proches dans ce lieu. Il semblerait toutefois que la municipalité ait désormais interdit toute inhumation, au profit d'un autre cimetière situé sur une colline proche.

 

 

 

Les dates remontent exclusivement aux années trente : la plus ancienne de 1930, la plus récente (hors mis les tombes de la fin du XXème siècle) date de 1938. Il s'agit donc de la période où la Haute-Volta est démantelée (elle ne sera reconstituée qu'en 1947).


Beaucoup de plaques tombales sont manquantes : les tumuli ayant été détériorés,  mais parmi celles encore visibles ; on peut noter trois genres différents

  1. les coeurs émaillés (les plus nombreux)
  2. des cercles de métal bordé de la mention "souvenir français"
  3. une seule plaque en forme de demi-cercle

 

 

 

Une seule plaque fait allusion à l'année de naissance du soldat (1902), mais il ne faut pas oublier que la notion de date de naissance n'a pas grande importance dans la tradition d'Afrique de l'Ouest.
La majeure partie des soldats était  tirailleurs sauf deux gradés sous-officiers : un sergent-chef et un brigadier chef, et un grade plus surprenant : " interprète 4ème classe ".

 

 

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LISTE DES PLAQUES SUR PLACE
La liste est non exhaustive car il a été difficile de repérer toutes les plaques
plusieurs plaques ont été arrachées des tumuli
certaines sont en partie abîmées, rendant la lecture plus difficile.

 

  1. Brigadier-chef des gardes Ambaguissi Ouologue, décédé le ? octobre 1930
    plaque circulaire non émaillée bordée de la mention " souvenir français "
  2. Tirailleur 1ère classe Zan Couroubary, matricule 2562, né en 1902
    décédé le 25 avril 1933
    plaque émaillée en forme de coeur
  3. Tirailleur Bakary Koné - matricule 86 243
    décédé le 10 avril 1937
    plaque émaillée en forme de coeur
  4. Sangaboni Kaboré - matricule 39 148
    décédé le 30 juillet 1937
    plaque émaillée en forme de coeur
  5. Tirailleur Noraogo Kaboré - matricule 12 164
    décédé le 29 octobre 1937
    plaque émaillée en forme de coeur
  6. Tirailleur Sy Baro - matricule 19 935
    décédé le 19 février 1938
    plaque émaillée en forme de coeur
  7. Interprète 4ème classe Bouba Dembele
    décédé le 13 mai 1936
    plaque dans un cercle de métal entouré de la mention " souvenir français "
  8. Tirailleur Tipité Kambou - matricule 75 141
    décédé le 27 juin 1930 (ou 1936)
    plaque émaillée en fore de coeur
  9. Tirailleur ?iorperate Palé - matricule 82 986
    décédé le 10 septembre 1938
    plaque émaillée en forme de coeur
  10. tirailleur Digouré Palé - matricule 27 777
    décédé le 23 mars ?
    plaque émaillée en forme de coeur
  11. Tirailleur Tamsou Mda - matricule 14 139
    décédé le 15 janvier 1931
    plaque émaillée en forme de coeur
  12. Tirailleur Djibrila Ga - matricule 57 070
    décédé le 15 octobre 1930
    plaque émaillée en forme de coeur
  13. Tirailleur 2ème classe Moussa Diallo
    décédé le 19 juillet 1930
    plaque circulaire en métal bordée de la mention " souvenir français "
  14. Tirailleur Sinleté Dol? - matricule 48 898
    décédé le 18 novembre 1930
    plaque émaillée en forme de coeur
  15. Tirailleur Outbila Z..? - matricule 53 421
    décédé le 7 mars 1930
    plaque émaillée en forme de coeur
  16. Tirailleur Diorfé Kambou - matricule 15 747
    décédé le 16 décembre 1939
  17. Tirailleur Bé Sou - matricule 17 721
    décédé le 19 février 1930
    plaque émaillée en forme de coeur
  18. Sergent-Chef Gouba Taraore
    décédé le 16 avril 1934
    plaque métallique en forme de demi-cercle
  19. Tirailleur Tipité Kambou - matricule 75 141
    décédé le 27 juin 1936

 

 

 

 

(Photos. A. Chalamon)