Consulat du Burkina Faso de Nice

Claude Seguin, Architecte

jeudi 23 août 2012




Claude et Marie-Noëlle Seguin s'occupent de l'association Chateau-Nako née du jumelage entre la paroisse de Chateauneuf près de grasse (06) et celle de Nako (près du Ghana) au Burkina Faso. Architecte de métier, Claude a fortuitement été amené à exercer son métier - bénévolement - au Burkina Faso, dans le cadre du jumelage inter-diocésain entre le diocèse de Nice et celui de Diébougou.

 

 

 


 

Q. Dans quelles circonstances avez-vous été amené à pratiquer votre métier pour le Burkina Faso ?


Claude : Le déclic est l'abbé Bruno (NB : le premier curé de Nako, décédé l'été 2008), la première chose qu'il m'a dite lorsque nous nous sommes rencontrés a été : " A Nako, il n'y a pas d'église, il faut une église, il n'y a pas d'endroit où mettre le Seigneur."
Lorsque nous y sommes allés en 2000, il nous en reparle en disant qu'il avait un plan qui venait de l'évêché. En regardant ce plan, j'ai pensé qu'on pouvait peut-être concevoir quelque chose de plus élaboré. J'ai alors fait parler l'abbé Bruno : comment se déroulaient les cérémonies, les messes, les rassemblements, comment vivait la paroisse, comment gérait-on les personnes qui venaient de très loin.... nous avons beaucoup échangé.

Au bout du compte, je lui ai proposé de faire un dessin, sans grande conviction, n'ayant pas trop envie de lui imposer quoique ce soit. Je n'avais alors jamais travaillé pour une culture étrangère à l'Europe, bien que familiarisé avec l'architecture traditionnelle marocaine pour y avoir vécu.

Je fais alors un premier croquis que je remets à Bruno, et celui-ci accepte avec enthousiasme..... C'est ainsi que tout a commencé ! Un donateur s'est proposé pour financer l'église en grande partie. La construction a débuté en septembre 2001 et s'est achevée en septembre 2002, soit un an à peine, ce qui est un record. Elle a été consacrée le 2 février 2003.

La particularité de cette église est de s'adapter au nombre de participants : lors de grands rassemblements ; tous les côtés s'ouvrent afin que les fidèles à l'extérieur puissent suivre la messe sans se trouver dans le bâtiment. Un grand auvent entoure l'église et permet aux fidèles les plus lointains d'arriver la veille et de pouvoir dormir à l'abri.


 


 

 

Il est évident que cette construction a suscité l'intérêt des autres curés du diocèse, dépourvus d'église et d'autres projets ont vu petit à petit le jour.


 

Q. Parlons de vos réalisations et des projets en attente
 

Claude : Après Nako, il y a eu l'église de Loropéni ; le curé d'alors, l'abbé Evariste, qui séjournait en France, a débarqué chez moi pour demander un plan pour sa future église.
Comme pour Nako, je l'ai laissé parler sur sa paroisse que je ne connaissais pas. Nous avons parlé deux heures.
Certains aspects se rapprochaient de Nako ; dans les rassemblements et certaines cérémonies.
Un détail commun également : les églises ne sont - pour l'instant - pas pleines pour les messes dominicales mais lors de rassemblements ou pour les grandes fêtes, les édifices débordent de monde.
Mais la particularité de Loropéni est d'être située sur deux ethnies différentes : les Lobi et les Gan. Je connaissais la forme de la case Lobi et de la case Gan (qu'on peut voir au village d'Obire, distant de 6 kilomètres de la paroisse de Loropéni, ou bien au musée du Poni à Gaoua).

Ne connaissant pas les lieux, n'ayant même pas vu le terrain, je suis resté un peu dans le vague en recommandant toutefois à l'abbé Evariste " de bien prier pour que le Saint Esprit inspire quelques idées..". La nuit même, je me suis réveillé à deux heures du matin et j'ai fait un croquis... c'était le bon ; le plan complet a été tracé sur ce schéma.
L'église n'est pas encore actuellement construite. (2010)

 

 


 

 

Un autre projet a vu le jour à Wessa (paroisse à la limite de la frontière du Ghana) ; le plan a été conçu selon le même principe mais sur cette église, je me suis plus laissé guider par mon imagination que par une recherche sur la culture locale. Le plan est réalisé mais l'église n'est toujours pas construite.

 

 

Un autre projet : la partie couverte de la place des ordinations à Diébougou, projet qui a pu être réalisé.
 

 

Sur le territoire de la paroisse de Nako, un lieu de pèlerinage rassemble des foules à certaines périodes de l'année. C'est le lieu où sont arrivés les premiers Pères Blancs en provenance de Bobo Dioulasso. Un petit oratoire en forme de grotte avait été construit portant le nom du lieu : " Notre Dame de Bomoï ".


Une chapelle hexagonale a vu récemment le jour, suivant un principe simple : un petit bâtiment central pouvant accueillir une centaine de personnes (pour la messe dominicale de la communauté locale) et trois pans latéraux s'ouvrant au maximum pour les grands rassemblements. Il s'agit en effet d'un lieu de pèlerinage et non d'une église paroissiale.

 

Les autres projets en cours concernent des petits bâtiments pour la paroisse de Nako : un hébergement pour les collégiens habitant trop loin. Il s'agit de plusieurs maisons les unes à côtés des autres comportant un dortoir pour les filles, un pour les garçons, une pièce pour travailler, des sanitaires etc...
La construction de ces bâtiments a débuté en 2009 et va s'échelonner sur plusieurs années.

 

Egalement en projet : un bâtiment pour une communauté religieuse, bâti en carré autour d'un patio. Ce bâtiment servira également pour la formation des femmes non scolarisées ; une salle de formation et des sanitaires seront donc installés sur un des côtés. Ces projets seront réalisés selon la technique de la Voûte Nubienne.


 

Q. Quelles ont été les sources d'inspiration, comment s'est réalisé le travail ?
 

Claude. Mon premier travail consiste à faire parler les personnes, plusieurs heures s'il le faut, afin de définir au mieux les réels besoins du bâtiment, le lieu d'implantation, le nombre et la circulaiton des personnes, la destination du bâtiment.. Pour l'église de Loropéni, je me suis attaché au particularisme géographique d'une paroisse située au centre de deux ethnies très différentes. Le clocher de Loropéni reprend la forme des constructions carrées Lobi construites "aux colombins " (façonnage direct), alors que le choeur reprend la forme d'une case circulaire Gan à toit pentu. Ainsi les deux ethnies sont réellement présentes dans cette église.

Un autre aspect demeure important : la recherche d'espaces pratiques évoluant suivant l'importance de l'assistance. Les églises doivent pouvoir s'ouvrir largement. A Bomoï par exemple, il est prévu l'adjonction à la chapelle déjà construite, de trois grands auvents pour abriter les foules lors de pèlerinages.


 

Q. Quels sont vos projets avec le principe de la Voûte Nubienne ?
 

Claude. Cela fait longtemps que je cherchais un moyen de construire, qui soit adapté à ce pays. La première fois que j'étais venu à Nako, j'avais remarqué qu'ils savaient utiliser la brique, la tôle et l'acier (notamment pour assembler de petites fermettes métalliques) techniques qui permettent de couvrir de grands bâtiments. Néanmoins je recherchais un moyen de couvrir les petits édifices en évitant la tôle.

Je connaissais le principe de la voûte nubienne à travers les travaux d'un architecte égyptien (Hassan Fathy) qui l'avait remis à l'honneur dans son pays après la guerre. Et l'année dernière, en faisant des recherches sur internet, je suis tombé sur le site internet de l'association de la Voûte Nubienne. J'ai contacté Thomas Granier, le responsable, et j'ai pu voir cet hiver des constructions entreprises sous couvert de cette association (église des Petits Balé à Boromo, auberge à Djikolo..). J'ai étudié de près les éléments techniques de cette voûte. Nous sommes allés voir Thomas Granier cet été avec des questions et des projets précis qui lui ont parus tout à fait réalisables.
On arrive avec cette technique, à monter des bâtiments assez grands en juxtaposant plusieurs voûtes, il est même possible de construire un bâtiment avec un étage. Plus de 500 maisons burkinabè ont été ainsi construites au Burkina et dans d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest.
C'est une technique très simple, facile à apprendre et facile à utiliser. Cela permet de réduire les importations de matériaux coûteux, de lutter contre la déforestation et de construire à faible coût. Les bâtiments ainsi construits offrent un meilleur confort thermique.

Chateauneuf, 27 septembre 2008


 

PRINCIPE DE LA VOÛTE NUBIENNE
 

C'est un procédé architectural antique, venu du haut Nil et historiquement inconnu en Afrique de l'Ouest. Il représente aujourd'hui une réponse africaine aux problèmes constructifs du bâtiment sub-saharien. Cette technique, la voûte nubienne, permet de construire avec un outillage basique, des matériaux locaux et des compétences techniques simples des habitaions aux toitures voûtées restaurant la possibilité du toit terrasse. Sa spécificité consiste en l'utilisation de la terre crue, matière première abondante, malaxée sous forme de mortier et de briques séchées au soleil et de se passer de l'utilisation de coffrage pour le bâti de la partie voûtée.

 


(Avec l'aimable permission de Thomas Granier)

 

En savoir plus :
 

  1. http://www.lavoutenubienne.org
  2. sur ce site : une page sur la voûte nubienne
  3. Plaquette d'AVN
  4. Le site professionnel de Claude Seguin

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