Consulat du Burkina Faso de Nice

Djaneres : mission mai 2011

samedi 25 août 2012

Tiebélé, située au Sud Est du Burkina Faso, à 177 km de Ouagadougou, est peuplée par une des plus anciennes ethnies installées sur le territoire burkinabè : " les Kassenas ". La cour royale dont les origines se situent au XVIème siècle, constitue aujourd'hui un témoignage culturel exceptionnel. La construction entièrement réalisée avec des matériaux locaux (terre, bois et paille) nécessite des soins permanents. Chaque année, juste avant la saison des pluies, les femmes procèdent collectivement à la décoration et protection de leur case avec des matériaux traditionnels et des techniques ancestrales.
C'est l'occasion de rencontres et d'échanges de savoir-faire entre générations, témoignage unique de pratiques séculaires.

Malgré les efforts consentis par tout un peuple, ce patrimoine est menacé. Les aléas climatiques maussi sociaux et économiques fragilisent l'équilibre du lieu.

 

LA GENESE DE DJANERES
 

La volonté du collectif Djaneres a été de partir à la rencontre de ces gens qui se battent pour tenter de sauvegarder leur culture et leur patrimoine.
En relation avec la jeune association locale "Djawolim" (traduire : " pour un lendemain meilleur "), l'idée de planter des Nérés a séduit les voyageuyrs français : le collectif "Djanérés" (" des Nérés pour demain") était né.

Pour financer l'achat de ces arbres, il a fallu mettre en vente des feuilles en papier : 2 euros pour une feuille, " Une feuille pour Un Arbre ".
Pour donner une âme au projet, il a fallu installer quelques arbres afin d'y accrocher chaque feuille vendue. Chacun étant invité à rédiger un petit message sur la feuille achetée.

Le choix du Néré n'était pas anodin. Cet arbre nourricier (il apporte de nombreux nutriments de très haute qualité : protides, lipides, glucides, iode et diverses vitamines), vénéré des Africains, a une valeur supplémentaire à Tiébélé : l'eau recueillie de la décoction de ses cosses - " Kiporo " - est un matériau indispensable à la décoration et protection des cases.

Grâce à la générosité de tous, le collectif a récolté 750 euros. Malgré le coût extrêmement élevé des matériaux (grillages, piquets...) Djanérés et l'association locale Djawolim ont décidé de concentrer leurs efforts sur la protection des jeunes plants, en particulier contre le broutage des animaux errants.
Le nombre d'arbres plantés a donc été revu à la baisse ; environ 100 arbres, mais avec une réelle envie de les voir tous pousser.

 

 

LE TRAVAIL DE DJAWOLIM

 

L'association Djawolim a effectué un travail remarquable. Ils ont :

- Trouvé le terrain ( mis à disposition par le Chef de la Cour Royale de Tiébélé)
- Procédé à la délimitation du site de reboisement avec le service public de l'urbanisme.
- Travaillé avec le responsble des Eaux et Forêts pour recueillir toutes les informations utiles sur les plants, la façon de planter, de soigner etc...
- Chercher des solutions pour protéger au mieux et au moindre coût, les jeunes plants (finalemement, il a été opté pour des grilles de protection plutôt que le grillage ; le coût étant moins élevé, la mise en place plus facile et cela génère plus de travail local.)
- Trouvé des fournisseurs et négocié tous les prix
- Rencontré les autorités locales (maire, préfet, gendarmerie)
- Rencontré les paysans installés près du site de reboisement (à 5 km de Tiébélé).
- Imaginé des compromis avec les paysans pour obtenir la surveillance des plants et l'entretien du terrain (en contre partie, ceux-ci ont l'autorisation de cultiver ce même terrain).
- Trouvé le transporteur pour la livraison des grilles de protection de Ouagadougou à Tiébélé
- Négocié le labourage du terrain par un tracteur.

 

 

LA MISSION

 

Du fait des évènements survenus au printemps 2011 au Burkina Faso, deux des quatre personnes prévues pour la mission n'ont pas pris part au voyage. Elles n'étaient malheureusement pas les seules à Tiébélé ; tous les séjours touristiques ayant été annulés depuis le mois de février 2011.

Malgré tout, cette situation - déplorable sur le plan économique - a favorisé le déroulement d'un séjour idyllique :

- L'auberge désertée était entièrement à la disposition des deux personnes du collectif. Le soir, sous l'immense tonnelle, Djanérés a accueilli tour à tour, les membres de l'association Djawolim, le comité d'organisation, les femmes de la cour royale (qui ont offert une soirée de bavardage qui s'est terminée par des chants et des danses traditionnels), les amis musiciens pour des concerts improvisés, les apprentis cuisiniers qui ont confectionné et goûté des salades "niçoises"...

- Les guides, membre de l'association Djawolim se sont relayés tout à tour pour accompagner les membres de Djanérés dans tous les déplacements (à moto) : sur le site de plantation, chez le forestier ou tout simplement à la découverte des environs (chefferie voisine, site d'orpailleurs, barrage...)

- Les artisans, membres aussi de l'association, ont imaginé des ateliers en plein air. Ainsi, Djanérés a appris la technique de gravure sur calebasses à l'ombre des tamariniers, au son de la guitare ou du djembé.

- Les femmes ont fait l'immense honneur d'initier les deux membres de Djanérés au sein même de la cour royale, à leur technique de protection et décoration des cases.

 

 

L'harmonie a été immédiate ; tout le monde était mobilisé et le travail a pu être réalisé. Après la visite du site de plantation, situé à enviton 5 km de piste du village, et la prise de contacts avec les paysans des concessions avoisinantes, le débroussaillage du terrain a pu commencer.
Sous un soleil de plomb, avec comme seuls outils quelques machettes, il a fallu couper, arracher, amonceler. Les paysans se sont joints à l'équipe, accompagnés des rires des enfants et de la curiosité amusée des femmes. Les enfants ont pris un malin plaisir à faire goûter quelques baies et bulbes dénichés çà et là ; partage et découverte de leurs friandises.

Le site ainsi nettoyé, il a fallu faire intervenir un tracteur pour le labour du terrain d'un hectare ; moment épique où 5km ont été effectués à 7 personnes juchés sur le tracteur...

Pendant ce temps, un volontaire s'était rendu à Ouagadougou pour procéder à l'achet des grilles de protection et assurer le suivi de la livraison jusqu'à tiébélé.

Les plants de Nérés achetés par Djanérés étaient conservés - dorlotés même - par le responsable des Eaux et Forêts. Cet homme passioné a ouvert son "jardin secret". Une phrase revient en mémoire : " Lorsque nous plantons des arbres, nous plantons les graines de la paix et les graines de l'espérance."
100 plants de Nérés "utiles" ont été achetés grâce à l'argent récolté par Djanérés en France. Le collectif a complété l'achat par 4 " graines de la paix et de l'espérance " sous la forme de 2 Flamboyants et 2 Anacardiers. Ces 4 arbres ont été plantés (2 pour la beauté, et 2 pour l'ombre et la gourmandise) autour du siège de l'association, à quelques pas de l'entrée de la cour royale, juste à côté des amis qui les verront pousser.

 

 

 

CAPRICES DE METEO

 

Tout est prêt : il ne reste plus qu'à planter. C'est sans compter sur les caprices de la météo. Depuis l'arrivée de Djhanérés deux orages sont tombés mais la quantité d'eau reste nettement insuffisante. L'entourage demeure prudemment rétif, mais Djanérés insiste pour faire les plantations.
Finalement la raison l'emporte : il est décidé de faire un premier essai en ne transportant que 4 plants et 4 grilles sur le site. Le verdict tombe au premier trou creusé : beaucoup trop sec !
Impossible de compter sur un arrosage manuel intensif, le puits est trop loin et l'eau trop précieuse.
4 trous sont creusés, suffisamment profonds pour que les grilles résistent au vent et les 4 arbres sont plantés. Devant la mine dépitée de Djanérés, les paysans assurent qu'ils prendront soins et arroseront les arbres..

Cet essai de plantation est vécu comme un échec et Djanérés constate qu'il a fallu presque la matinée pour planter les 4 arbres... Le site est loin, les outils ne sont pas performants et les moyens de locomotion peu commodes (2 motos, une charrette, un âne).

D'ici une quinzaine de jours, tous les bras vont être réquisitionnés pour les semences.
Le soir même, un petit comité se réunit. Une solution est proposée : les paysans qui demeurent sur le site vivent très pauvrement ; ils sont sur place tous les jours à travailler inlassablement leur maigre terre. Ils sont dévoués et ont aidé dans toutes les tâches du collectif Djanérés sans considérer ce suplus de travail ; de plus, ils sont chargés de surveiller et d'entretenir les futurs plants ; alors pourquoi ne pas leur proposer de préparer les 100 trous moyennant une rétribution ?
Les grilles ont ont coûté moins cher que le grillage, il reste donc une marge  financière.
Tout le monde tombe d'accord sur le principle. La palabre autour de l'enveloppe traîne jusqu'à se mettre d'accord sur l'octroi de 50 000 f cfa.
Deux membres de l'association Djawolim iront dès le lendemain matin rencontrer le Chef de Terre. Tout le monde est sereins, sachant que les paysans accepteront avec bonheur ce petit complément de revenu imprévu et qu'ils seront fiers et heureux d'aider à planter les Nérés. Ces derniers, quant à eux, prolongeront leur séjour en " nurserie " à la grande joie du forestier.

 

 

Soulagés, Djanérés peut alors envisager avec légèreté la fin imminente du séjour. Il reste deux missions à accomplir :

- Terminer l'inititation à la découration des cases. Après avoir gratté, enduit, décoré, il faut maintenant protégéer. Les murs sont secs, le " Kiporo " est prêt.
L'assocaition Djawolin organise des stages d'initiation à ces techniques ancestrales de décoration et protection des cases pour les enfants du village. Ces jeunes sont les futurs consommateurs des cosses de Nérés prochainement plantés : la boucle est bouclée...
- Re-créer un arbre artificiel (les feuilles amenées de Peymeinade ont voyagé !!) pour la soirée organisée par l'association Djawolim pour le départ de Djanérés. Ce fut un énorme succès, que d'émotion à déchiffrer ensemble ces petits bouts de papiers griffonnés !

Voici les dernières heures arrivées et Djanérés s'affaire : une dernière fois arroser les arbres, échanger les adresses, saluer tous les amis, surtout n'oublier personne !!

 

 

Au dernières nouvelles, les trous sont prêts, la date de plantation est fixée au 15 juillet.......

 

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