Consulat du Burkina Faso de Nice

Le don humanitaire

mardi 26 août 2014

Entre générosité et ambiguïté .....

 

Toutes les associations humanitaires, à un moment ou à un autre, sont amenées à envoyer des conteneurs d'objets vers le village, la famille ou l'organisme qu'ils aident.
Ces dons sont toujours faits avec générosité mais ils ne correspondent pas toujours aux besoins réels sur place, voire contribuent à alimenter divers trafics locaux et détruire la petite économie locale. Il faut arrêter de croire que quoique l'on envoie ; " c'est mieux que rien ".

L'objet de cet article n'est pas de dissuader d'envoyer quoique ce soit mais provoquer une réflexion sur la destination du don et sa réelle utilité

Les destinataires n'osent pas toujours refuser, de peur que l'aide ne s'arrête... Il convient de se poser plusieurs questions..... questions qui seront répétées plusieurs fois au cours de l'article afin de bien insister sur certains aspects. Il est très important de se renseigner sur les besoins réels, se renseigner sur les coutumes locales.... afin de mieux cibler les envois. Et si l'on a des doutes, il est bon de se rapprocher des personnes ou associations qui connaissent bien le terrain et pourront mieux conseiller.

 

- Les objets envoyés correspondent-ils à des besoins réels, vérifiés sur place, demandés expressément par un organisme local ? Ou bien sont-ils une décision de la part de l'association française qui récolte ainsi ce qu'elle pense sincèrement être utile à ses amis burkinabè ?

 

- La valeur des objets envoyés dépasse-t-elle très largement l'énergie et les sommes engagées pour l'envoi du  conteneur ? Souvent on paye très cher un envoi qu' il vaudrait mieux acheter sur place afin de faire fonctionner les entreprises, artisans et commerces locaux, ou bien faire en sorte de révéler des savoir-faire qui existent sur place.

 

- Le choix des objets envoyés correspond-il à un manque crucial chez les destinataires ? A-t-on vérifié si ces objets ne peuvent pas être achetés sur place et ainsi contribuer à l'économie locale ?

 

- Connaissez-vous réellement la personne responsable qui va réceptionner le conteneur ? Etes-vous sûrs de la bonne répartition des dons, et de la nature et l'urgence des besoins des destinataires ?

 

- Avez-vous vérifé l'état des objets envoyés? Ils doivent être comme neufs ! L'Afrique n'est pas la poubelle de l'Occident et il faut se méfier du " çà peut toujours servir... ", même si c'est la teneur du discours du destinataire des colis.

 

LES LIVRES

 

Les bibliothèques du Burkina Faso manquent cruellement de livres, néanmoins il faut trier les envois.  Les livres sont très lourds et il est ensuite très délicat de trier et jeter une fois en Afrique.

Il existe une charte du Don du Livre, éditée par l'UNESCO. Voir ici
On peut aussi consulter le site du COBIAC, collectif de bibliothécaires spécialisé dans le don des livres

 

Les Bibliothécaires burkinabè sont demandeurs :

 

de dictionnaires (français, anglais allemands)
de classiques français pour les lycées
de bandes dessinées pour enfants, livres pour enfants, romans pour enfants
de romans classiques et modernes (tous pays)
des atlas
des encyclopédies postérieures à l'an 2000
de collections à thème (animaux, flore, sciences.....)
de grammaires (français, anglais, allemand)
de magasines ou revues (Geo, Jeune Afrique ou revues africaines) voire de quotidiens même français, même datant de quelques mois

 

A Proscrire

 

- Les livres trop vieux, trop anciens, en mauvais état

- les encyclopédies antérieures à l'an 2000 (dans lesquelles ne figurent nulle référence à internet, la téléphonie mobile, les écrans plats etc....)

- Les livres (d'enfants ou d'adultes) trop " franco-français ", totalement incompréhensibles pour un Burkinabè ( des livres qui traitent d'un fait historique français, d'un scandale français, d'un fait divers français, d'un phénomène social, de régionalisme....)

- Les livres de droit français, agriculture française, faits de société, etc....

- Les livres scolaires (maths, histoire, géographie, svt....) car les programmes ne sont absolument pas les mêmes. Ces livres encombrent les bibliothèques avant d'être jetés

 

Problème

 

Ces bibliothèques manquent cruellement de littérature africaine. Chaque association ou organisme doit avoir à coeur de penser à acheter au Burkina Faso des livres de romans, contes ou nouvelles africains, sans oublier les auteurs burkinabè (Monique Ilboudo, Dramane Konaté.....)

 

Le savez-vous ?

 

La poste française a un accord avec les postes des pays africains francophones. Cet accord permet d'envoyer des colis de livres par paquets de 5 kg pour un tarif maximum de 13,72 € (2014).
Ces colis doivent uniquement contenir des livres ou des magazines, et comporter la mention " livres et brochures ". Il n'est pas nécessaire de s'inscrire ou de demander un agrément. Ces envois concernent tous les pays francophones africains.
Par contre, de nombreux préposés des postes ne sont pas toujours au courant. Il est préférable de se renseigner avant d'amener un colis à poster.

 

Question à se poser

 

Les destinataires - même s'ils ont réclamé des livres et ont le projet de la création d'une bibliothèque - sont-ils à même de trier, ranger et réparer ces livres ? Quelqu'un est-il capable d'animer une petite bibliothèque ? Il serait dommage d'envoyer des cartons de livres, correspondant à un besoin réel, pour les voir durant plusieurs années dormir dans les cartons faute de local ou de personne compétente.

 

Il faut noter également l'état du livre ; peu de bibliothécaires savent réparer les livres au Burkina Faso, le matériel pour couvrir les livres manque cruellement et les livres sont  souvent malmenés. Il peut être très utile d'envoyer des livres déjà couverts.

 

Il existe un organisme burkinabè qui forme les bibliothécaires. Il est intéressant à contacter ; les partenaires et coordonateurs des bibliothèques nationales du Burkina Faso sont très compétents.
Ils pourront répondre à vos questions et  vous renseigner sur les réalités des bibliothèques, leur localisation et leurs besoins : utilisons les compétences locales !!
Parfait Ilboudo pour le Nord : leprofilparfait@yahoo.fr
Brahima Barro pour tout le secteur de Bobo Dioulasso et le sud ouest : barrobrahima@yahoo.fr

Le COBIAC travaille avec eux, et au sein du COBIAC, plus particulièrement Véronique Balleret qui travaille au sein de la Commission Afrique et plus particulièrement le Burkina et le Togo : vballeret@hotmail.fr

 

LES VETEMENTS

 

Les dons de vêtements constituent la majeure partie des envois des conteneurs. Ils proviennent en général de particuliers qui trient leurs placards deux fois par an et donnent tout ce dont ils veulent se débarrasser.

 

Tri

 

Le tri doit se faire avec discernement. En effet les vêtements modernes sont de qualité très moyenne et beaucoup d'habits sont totalement inadaptés à l'Afrique (notamment les jupes pour femmes, les pulls ou sous-pull à col roulé, les collants, les manteaux, les bottes fourrées....).

 

Questions

 

- Vous êtes-vous assurés du sérieux de la personne chargée de réceptionner les vêtements ? Va-t-elle redistribuer de manière équitable, équilibrée et gratuite ?

 

- La valeur des vêtements est-elle largement supérieure à la somme engagée pour l'envoi ? Ne serait-il pas mieux d'envoyer cette somme et la consacrer à faire travailler les tailleurs locaux ?

 

- Tous les vêtements sont-ils neufs ou bien en parfait état ? sans tâches, ni usure, comportant tous les boutons, les fermetures éclairs et les ourlets..... Ceci est moins une question de rentabilité des colis, qu'une question de dignité pour la personne qui va recevoir ces vêtements.

 

- Tous les vêtements sont-ils faciles à entretenir ? Une mère de famille peut-elle laver ces vêtements au marigot ou au barrage sans crainte la moindre décoloration ou rétrécissement...? Les vêtements peuvent-ils globalement se dispenser de repassage ?

 

INFORMATIQUE

 

Il y a une nette volonté des pays africains de s'informatiser. Les administrations sont dotées d'ordinateurs. Une semaine des  " TIC " (technologie, informatique et communication) est organisée chaque année à Ouagadougou avec un concours de sites internet. Plusieurs écoles supérieures forment des informaticiens et des infographistes de très bons niveaux.

Cet engouement - malgré les coupures de courant ou de réseau internet hélas fréquents - pousse chaque adolescent africain à réclamer à son ami français un ordinateur portable sans toujours réaliser qu'en France, l'achat reste très cher.


Beaucoup de matériel informatique est envoyé depuis la France au Burkina Faso ; ce matériel est quelque fois - souvent - obsolète ou en mauvais état, issu comme pour les vêtements d'un tri énergique des bureaux de particuliers ou d'entreprises.

 

Questions

 

- Le matériel informatique est-il suffisamment récent pour être facile à réparer à Ouagadougou en cas de panne ?

- Ce matériel informatique est-il destiné à un endroit doté de l'électricité ou d'un groupe électrogène ?

- Le destinataire sera-t-il capable de protéger et entretenir ces ordinateurs afin de les préserver de la poussière, du vol, de la chaleur ....?

- Avez-vous pensé à vider l'ordinateur de tous vos fichiers, dossiers, photos, logiciels et le réinstaller complètement et proprement ?

- Vos ordinateurs sont-ils suffisamment bien emballés pour résister pendant le voyage aux différents chocs et à une température qui avoisine parfois 70° dans le conteneur ?

 

MATERIEL MEDICAL

 

Le Burkina Faso a un système de soin classé en 4 catégories (voir l'article sur la santé au Burkina)

 

1 - CSPS. Centre de Santé et de Promotion Sociale. Il s'agit de ce qu'on appelle communément les dispensaires de brousse. Présents dans les gros villages et toutes petites villes; ils sont dépourvus de médecins, dirigés par un infirmier diplômé appelé "major ", aidés d'infirmiers correspondant à nos aide-soignants. Ce sont eux qui ont le plus de contact avec la population en brousse.

 

2- CM - Le centre médical. Présent dans les villes de moyenne importance, ils sont dirigés par un médecin aidé d'infirmiers. Les dispensaires de brousse envoient leurs patients dans ces centres médicaux dès lors qu'un problème devient grave ou dépasse leurs compétences.

 

3- CMA : Centre Médical avec Antenne Chirurgicale. Présents dans les grandes villes, outre des médecins, ces centres ont un ou plusieurs chirurgiens.

 

4- Centres Hospitaliers : Présents dans les capitales : Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Ouahigouya.. Ils sont peu nombreux. Certains comportent une école de Santé et des centres de recherche.

 

A cela il convient de rajouter un nombre non négligeable de cliniques privées qui fleurissent dans les grandes villes mais dont l'accès aux soins est inabordable pour le Burkinabè moyen.

 

Le pays compte de bons médecins mais en trop petite quantité. Les hôpitaux de moyenne importance manquent cruellement de matériel médical : du lit médicalisé à la table d'opération en passant par le siège de dentiste. Le matériel médical - en excellent état - est donc très utile. Mais.....

 

Questions

 

- Avez-vous fait ensemble le point avec le médecin, infirmier ou chirurgien de l'hôpital concerné, sur les besoins précis en matériel ? Sur le niveau technologique des infirmiers ou aide-soignants qui vont manipuler le matériel ? Sur les possibilités de réparation et d'entretien dans le pays ?

- Avez-vous vérifié si le dispensaire ou centre médical possédait l'électricité avant de leur envoyer du matériel qui nécessite le courant électrique ? Vérifier également si le destinataire est bien représentant d'un établissement public et non pas d'un cabinet privé

 

Le problème des médicaments

 

Si le matériel para médical (sondes, seringues, tensiomètre, stéthoscope.....) et le matériel médical ne font - pour l'instant - l'objet d'aucune restriction, il n'en est pas de même des médicaments.


La loi française est très stricte sur le devenir des médicaments non utilisés. Voir ici


Au Burkina Faso, l'envoi en gros de médicaments doit faire l'objet d'une déclaration en douane avec des factures prouvant leur provenance et leur achat.
Par ailleurs, l'envoi de ces médicaments en nombre doit faire l'objet d'une traçabilité locale, en effet : le Burkina possède sa propre centrale d'achats des médicaments et consommables médicaux, la CAMEG, l'envoi massif de médicaments de l'étranger risquerait de mettre en danger cette économie fragile des médicaments génériques et le gouvernement burkinabè restreint volontairement la réception de médicaments étrangers envoyés en grande quantité.

 

Enfin l'envoi de médicaments doit faire l'objet d'une réflexion sérieuse avec les destinataires ; certains médicaments ne sont pas utilisés au Burkina Faso ; leur envoi contribuerait à grossir les trafics en tout genre tels qu'on le remarque dans les marchés paysans.

Voici une liste des médicaments génériques utilisés, donnée par la Direction Générale de la Pharmacie, du Matériel et des Laboratoires.

 

 

EN VRAC

 

Les ONG ou organismes envoient de nombreux objets, tous doivent faire l'objet d'une réflexion sur l'utilité de l'envoi

 

Les jouets

 

Il est toujours sympathique de partager des jouets avec des enfants qui en manquent. Mais ne crée-t-on pas un besoin en envoyant des poupées et surtout des peluches à des enfants qui n'ont jamais eu de jouets  ?

La peluche est en Occident le symbole du jouet pour un tout petit enfant. Au Burkina les peluches n'existent que dans les grandes villes et elles proviennent très souvent de Chine. Toutes les peluches envoyées - outre créer un besoin - vont être source de poussière et saleté. Ces jouets vont véhiculer des maladies et aucune mère ne pensera ou bien aura le courage de laver la peluche.

 

Les outils

 

Les outils concernant la menuiserie, électricité, plomberie.... sont souvent rares et chers au Burkina Faso. Hélas les outils les plus abordables sont souvent de très mauvaise qualité. Amener des outils pour aider une école à former des jeunes ou un jeune à s'établir peut s'avérer très utile. Mais il convient toutefois de se poser la question de l'utilité réelle de ces outils.

 

Les outils de maraîchage, d'agriculture et tous travaux relatifs à la terre sont très nombreux et très variés en France, mais le paysan burkinabè utilise souvent uniquement la daba et la charrue traditionnelle.

 

- Ces outils nécessitent-ils des besoins électriques ? Dans l'affirmative, les destinataires bénéficient-ils de l'électricité ?

 

- Ces outils sont-ils adaptés au destinataire, sait-il s'en servir, en a-t-il vraiment besoin ? Quelqu'un pourra-t-il lui enseigner l'utilisation de l'outil ?

 

Les voitures

 

Certains particuliers ou associations envoient des véhicules par le biais de transitaires. Que ce soit des véhicules pour des organismes locaux (paroisses catholiques, associations, écoles...) ou bien des véhicules particuliers de type ambulance.

 

L'envoi de véhicule coûte cher, très cher, même dans un cadre humanitaire. Les taxes douanières s'élèvent à plusieurs millions de francs cfa pour un véhicule de moins de 10 ans et 500 000 francs cfa pour un véhicule de plus de 10 ans. Il doit avoir passé le contrôle technique avant d'être envoyé et avoir tous ses papiers en règle.
De très nombreuses questions doivent être posées avant l'envoi d'un véhicule.

 

- Certaines marques n'existent pas au Burkina Faso, il faut se poser sérieusement la question de la réparation de la voiture en cas de panne. Les engins à moteur sont mis à très rude épreuve au Burkina, si les pièces de rechange sont trop compliquées à trouver, le véhicule sera transformé.... en poulailler ! ou bien vous serez continuellement sollicités pour trouver des pièces de rechange.

 

- Le véhicule est-il adapté à la piste ? Les pistes abîment rapidement les voitures et certaines 4x4 occidentales ne sont - contrairement à ce qu'on pourrait croire - pas adaptées aux pistes africaines.

 

- Le véhicule est-il en grande partie mécanique ou bien son moteur est-il truffé d'électronique ? Si un bon mécanicien burkinabè peut se débrouiller dans toutes les réparations mécaniques, il n'est par contre absolument pas outillé pour l'électronique, sauf Diafac, une entreprise dotée d'ordinateurs pour détecter les pannes, mais leurs prestations restent hors de portée du Burkinabè moyen.

 

- Le destinataire du véhicule est-il à même d'entretenir le véhicule, le ménager, le faire réparer, le conduire ? Les cas d'ambulances transformées en cages à poules ou cabanes pour les enfants sont malheureusement classiques. C'est décourageant pour les associations françaises qui ne comprennent pas comment on a pu en arriver là, et ce n'est d'aucune utilité pour le Burkina.

 

Sachant qu'un véhicule d'occasion au Burkina Faso s'élève à 3000 à 4 000 euros minimum et que l'envoi d'un véhicule depuis la France peut s'élever jusqu'à 4000 euros (contrôle technique obligatoire, envoi, taxe douanière....) ; une réflexion s'impose au sein de l'association sur la réelle utilité de l'envoi d'un véhicule.

 

EN GUISE DE CONCLUSION

 

Difficile de conclure cet article tant il peut faire l'objet de vifs débats. Il serait utile que chaque association fasse le point de temps en temps sur la valeur marchande des objets envoyés, leur utilité un an après l'envoi au Burkina... et peut-être calculer ce qui aurait pu être acheté sur place avec une telle somme d'argent engagée

 

Certains objets ne peuvent absolument pas se trouver sur place (matériel médical, certains livres....) et nécessitent effectivement des envois raisonnés. Pour d'autres objets, l'utilité de l'envoi reste à discuter au sein de l'organisme français et demande surtout une solide connaissance du pays bénéficiaire et une bonne confiance envers les destinataires.

 

Plusieurs ONG se sont penchées sur le problème, parmi elles :

 

- www.ritimo.org (réseau des centres de documentation et d'information pour le dévleoppement et la solidarité internationale)

 

- www.peuples-solidaires.org

 

ACTUALITES

 

- Ouagadougou n'est pas une poubelle