Consulat du Burkina Faso de Nice

Un toit pour Tougné

dimanche 02 septembre 2012

UN TOIT POUR TOUGNE
Quand les jeunes s'y mettent...
Projet Gora juin 2008
Mathieu Dupuy d'Uby : mathieu.dups@gmail.com
Magali Nauts : magnauts@hotmail.com

 

LA GENESE DU PROJET

 

Anciens jeunes de l'aumônerie de Grasse : " Horizons Jeunes ", en relations avec la paroisse de Batié (Province du Noumbiel au Burkina Faso), et suite à un premier voyage au Burkina organisé en 1999, Mathieu et Magali ont souhaité poursuivre cet échange en créant ensemble un nouveau projet.
Etudiants en Ecole de Commerce et Université d'Arts, les deux étudiants ont organisé un projet pour le mois de juin 2008 pour venir en aide aux jeunes de l'association " Tougnè " à Gora (Sud-Ouest du Burkina), avec la participation de l'abbé Alain Somda, prêtre du diocèse de Diébougou.
Ce dernier avait fait part des difficultés que traversait cette association de jeunes Burkinabè ayant pour but de lutter ensemble contre leurs problèmes économiques et sociaux.

 

LE PROJET

 

Ces jeunes de Tougnè se sont rassemblés pour faire le point de leur situation de pauvreté et de misère qui les pousse à des ac tes compromettants. Stimulés par des promesses de soutien d'hommes politiques pour construire la toiture d'un bâtiment évalué à 70 tôles, ces jeunes se sont mobilisés pour construire en mai 2006, un bâtiment en banco, constitué d'une grande salle et de deux réduits pour magasin et entrepôt de céréales. Malheureusement, au terme de leurs peines, les promesses faites se sont avérées sans suite, de sorte qu'en 2008, le bâtiment n'avait toujours pas de toit.
Le projet de Mathieu et Magali consistait alors essentiellement à leur apporter le financement nécessaire à la construction de ce toit en tôles et se rendre sur place pour les aider à le monter avant la saison des pluies suivante.
Les deux étudiants avaient également la ferme intention de partager la vie des habitants de Gora, et ils étaient invités à s'investir dans l'animation d'activités culturelles et sportives avec les jeunes du village.
Le comité de jumelage de Grasse / Batié " Fleurs de Batié " a beaucoup soutenu ce projet.

 

SUITE DU PROJET

 

Mathieu et Magali, à leur retour, ont témoigné de ce projet auprès de jeunes dans les universités : montrer que la misère n'est pas une fatalité et qu'à l'échelle de jeunes, il est possible de changer le cours des évènements. Un carnet de voyage interactif était en projet, diffusé sur un site internet et promu au travers de forums humanitaires en lignes, tels que Aventure du Bout du Monde (ABM), Association au Service de l'Action Humanitaire (ASAH).
Trasnmettre leur expérience pourra peut-être éveiller des vocations et l'envie d'agir au Burkina Faso ou ailleurs

 

JUIN 2008.... témoignage

 

" Sous le grand arbre de la place du marché de Gora, se réunit une centaine de personnes en cette soirée du 11 juin 2008. nous sommes installés avec les personnalités du village en demi-cercle, une calebasse de dolo (bière de mil tiède) à la main, près des balafonistes qui déchaînent leur intrument.
A côté de nous, une toute petite fille danse avec sa grand-mère qui rit aux éclats
.

 

 

C'est le chef de Terre qui parlera en premier, dans cette langue envoûtante et mystérieuse qu'est le Dagara. Se succèderont tour à tour le Président de l'Association du village, le Conseiller, l'Abbé Alain et le Président de Tougnè, Alexis. On nous traduit en français la reconnaissance que nous témoignent les autorités du village, on salue notre courage de venir ici, notre dévouement à leur cause.... A entendre leurs éloges, nous avons l'impression d'avoir sauvé des vies.

 

Quand vient notre tour, sous le regard bienveillant d'Alain, on reprend l'histoire de ce voyage depuis le début : nous racontons à quel point ce projet a été tiré par l'espoir de faire quelque chose d'utile pour le développement du village, l'espoir de construire ce toit et l'espoir d'une relation privilégiée avec les habitants de Gora. Ce soir-là, on nous met un coq blanc dans les bras et nous voyons se dessiner dans la pénombre de grands sourires sur les visages de Gora.

 

Les chants des enfants de Gora résonnent encore dans nos têtes. Ils étaient une cinquantaine à nous attendre dans le noir lorsque nous sommes arrivés de nuit quelques jours avant la cérémonie de la place du marché : " Bienvenue Bienvenue Bienvenue à Gora ! Les enfants de Marie vous souhaitent la bienvenue ! " Ils ont chanté et dansé pendant des heures, alors que nous partagions notre premier dolo avec les jeunes de Tougnè.

 

 

Le matin, aux premiers rayons du soleil, femmes, hommes, enfants, jeunes et moins jeunes, commencent leurs travaux dans les champs. Ils s'activeront toute la journée, l'échine courbée sous un soleil de plomb, parfois un bébé dans le dos, prenant une courte pause vers midi pour leur premier repas de la journée.
Sous le manguier, les enfants de la grande famille d'Alain nous dévisagent sans trop s'approcher. Rita, 4 ans, trimballe son petit frère sur la hanche. On lit dans ses yeux une sagesse incroyable pour son âge, dans son sérieux : la rudesse de son quotidien.
Inès, du haut de ses 6 ans, nous regarde sans sourire, sans peur pour autant, avec une gravité extrême qui nous subjugue. Il lui faudra plusieurs jours pour venir spontanément vers nous, nous faire coucou depuis le baobab pendant de longues minutes, nous sourire, puis venir sur nos genoux. D'autres enfants, effrayés par notre teint blafard, s'échapperont toujours en nous voyant.

 

Il y a environ 1300 personnes dans le village de Gora. Pas d'eau au robinet, pas d'électricité. Depuis nos sociétés occidentales, la vie de ce petit village burkinabè relève de la survie.
On lutte pour manger, on lutte pour survivre à la maladie, on lutte pour se remettre des décès prématurés de ses proches. La période des pluies - notre été - est sans doute la plus dure car c'est le temps des semences, un travail de titan, graine après graine et les réserves de nourriture sont souvent épuisées. Alors que le soir nous sommes éreintés par la chaleur de la journée, que nous n'osons imaginer l'exténuement des paysans qui ont faim, ils nous surprennent à partager le dolo dans les rires, à veiller en famille de longues heures, à se raconter des choses de leur quotidien que nous rêverions de comprendre.

 

La plupart des jeunes de Tougnè, ceux qui n'ont pas poursuivi d'études, s'épuisent également dans les champs. Lorsqu'ils ont fini de travailler la terre, ils se rendent sur le chantier : un bâtiment en briques de terre battue, usé par deux saisons de pluies et de vent. Tout au long de notre séjour, ils travailleront d'arrache-pieds pour finir les construction avant notre départ et nous montrer ainsi leur enthousiasme pour le projet.
Cette maison Tougnè représente pour l'association, l'heureux aboutissement d'une longue et pénible bataille. Le projet initial était de mobiliser les jeunes pour différents projets de dévelopement, visant notamment à monter un commerce de céréales pour le village ; acheter des vivres en saison sèche dans toute la région de Dissin et les revendre à Gora en saison des pluies à très faible marge, lorsque partout ailleurs la carence de l'offre créé la flambée des prix. Longtemps privé de son toit et dénuée de toutes portes et fenêtres, la maison Tougnè peut maintenant servir au stockage des céréales et accueillir de nouvelles initiatives de développement.

 

L'inauguration du bâtiment est une grande fête. Elle commence par une bénédiction, une superbe messe au rythme des percussions, et s'achève par un tourbillon de danses Dagara autour du pilier central. Tout le monde est très ému, c'est la fin de notre petite mission et le début de plein de beaux projets.
Un toit pour Tougnè, c'est un petit pas vers une vie meilleure à Gora, un nouveau regard sur la fraternité, une belle leçon de vie. "

 

Magali et Mathieu
Devant l'avenue des Grassois à Legmoin

 

 

 

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