Consulat du Burkina Faso de Nice

La grotte de Margo

mercredi 26 février 2014

LA GROTTE DE MARGO

 

RENSEIGNEMENTS :
La grotte de Margo se situe sur la commune de Oula (ou Wula)
17 km de Ouahigouya (Yatenga)
aucune piste n'y mène : la 4/4 est indispensable
Tous contacts : le député de la circonscription
Mr Belem Sidiki. Mail

 

 

Le village de Margo se situe à une vingtaine de kilomètres du village de Ouahigouya, sur la piste de Kongoussi.
Un peu oubliée par les villageois, elle a été redécouverte il y a une demi-douzaine d'années.

La grotte se situe au sommet d'une colline escarpée au milieu d'un paysage sahélien peu habité. L'eau, le bois, la terre y sont rares. Les plus anciens se rappellent de leurs grands parents qui affirmaient que cette grotte les avaient vus naître. Quelques familles ont habité relativement récemment sur les flancs de la colline, avant de descendre dans la plaine où on trouve effectivement plusieurs concessions à 500 mètres de là.

La colline et les concessions présentes dans la plaine forment un lieu appelé "Boutlo".

 

Aucune piste ne mène à la colline, excepté pour des motos ou des piétons. Un semblant de sentier permet d'accéder  au sommet à un abri sous roche caché par des arbustes.
Cet abri sous roche, haut de presque trois mètres et large de plus de six mètres, se poursuit par une grotte étroite et longue (la longueur n'a jamais encore été mesurée) qui a été habitée par l'homme de manière ponctuelle.
Il est actuellement très difficile de ramper pour tester et mesurer la longueur de cette grotte qui se termine par un boyau étroit ; la grotte est en effet totalement remplie de terre qui s'est accumulée au cours des ans au point d'enterrer une partie des jarres qu'on peut y trouver.

 

 

 

Récemment, des habitants de l'autre côté de la colline sont régulièrement venus prendre la terre à l'entrée de l'abri, réputée très fertile.
Peu à peu, d'autres habitants sont venus faire des offrandes ; on trouve en effet  à l'entrée des calebasses contenant des cauris ou des graines.
Malheureusement, l'isolement de cette grotte a occasionné surtout des déprédations (récentes ?) : bris, fouilles et vols de ce qui fait la richesse archéologique de cette grotte.

 

Intéressante à plus d'un titre, la grotte n'est encore ni classée ni étudiée ni régulièrement ouverte au tourisme. Les habitants de Margo sont sensibles à sa conservation mais ne peuvent la garder jour et nuit et se désolent de la dégradation de ce lieu qu'ils considèrent comme légué par leurs ancêtres.

 

 


Les parois ensoleillées à l'entrée sont totalement recouvertes d'un petit insecte rond et beige appelé "Simini" en moore. Les vieux affirment que ces insectes étaient grillés et mangés lors de période de famine.

De très nombreuses chauve-souris logent dans la grotte et sortent par dizaines dès lors qu'on les dérange.

 

 

L'intérêt de la grotte réside surtout dans les très nombreuses poteries qui gisent sur le sol ou en partie enterrées. La majorité de ces poteries est brisée ; d'ailleurs le chemin qui permet d'accéder à la grotte le long de la colline est jonché de tessons.

 Ces poteries sont très nombreuses (des centaines ?) ; elles sont posées à même le sol,  les unes à côté des autres voire au-dessus les unes des autres.

On y trouve des jarres ou des canaris dont la forme et les motifs de décoration se retrouvent encore dans les villages, mais également des bouteilles en terre cuite, des canaris avec couvercle en poterie avec poignée sur le dessus, des jarres avec des anses sur les côtés.

 

 

Actuellement ces poteries sont vides ou remplies de terre. Les villageois racontent qu'elles ont été pillées au fur et à mesure qu'a été connue l'existence de la grotte et de ce qu'elle contenait.

Elles auraient contenu, d'après eux, des aliments (graines de céréales), des cauris et même des boules de métal d'argent. Aucune personne âgée n'a le souvenir d'avoir utilisé cette grotte, ce qui exclut une occupation du temps de la colonisation.

L'absence - apparente - d'autres instruments (comme des dabas ou armes pour la chasse ou vêtements ou...) donne à penser à une occupation temporaire et certainement en cas de danger quelconque (guerres, razzias) ; soit pour se réfugier (comme en témoignent quelques traces de foyer) soit pour mettre en sureté de la nourriture et de quoi monneyer des achats simples (les cauris) ou de gros achats (les boules d'argent).

 

Ces boules d'argent - si leur existence est avérée - sont intéressantes dans le sens où aucune mine d'argent n'est recensée dans toute la région.

 

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Ci-dessus, plusieurs tessons de poteries pris dans la grotte permettent de constater les différences notables entre plusieurs poteries : il ne s'agit pas des mêmes terres argileuses (certaines sont grises, d'autres nettement plus rouges), l'épaisseur des tessons n'est pas la même, ni la manière de travailler (cf la photo de droite qui montre l'envers des tessons) ni même les motifs.


Ces constatations laissent penser à des origines très diverses pour ces  poteries.
Il est rare en effet dans un même village que les potières utilisent des motifs et des formes dissemblables dans la fabrication des poteries, mais il est impossible qu'un même secteur puisse utiliser des terres aussi différentes.

Selon un guide touristique de la Région Nord, ces poteries auraient un lien avec la culture dogon. Les Dogons en effet ont occupé la région avant d'être petit à petit chassés par les Mosse. Il en subsiste néanmoins encore dans la région.

 

Il est impossible de dater les poteries à leur seule vue ; une expertise archéologique serait souhaitable avant que cette mémoire ne disparaisse. Il est vraisemblable que la grotte ait été occupée et réoccupée à des périodes diverses, puis abandonnée au XXème siècle.

 


Le député Belem accompagné de villageois de Margo

 

 

Dans la presse :

- Sidwaya du 3 février 2014

 

(Photos. A.Chalamon)