Consulat du Burkina Faso de Nice

Idrissa Ouedraogo

jeudi 03 juillet 2014

IDRISSA OUEDRAOGO

                              UN PARCOURS EN QUELQUES LIGNES

 

 

Né en 1954 près de Ouahigouya, Idrissa Ouedraogo fera ses études à Ouagadougou puis à l'Institut Africain d'Etudes Cinématographiques (INAFEC) dont il sort major. Il créé la société "Les Films de l'avenir" afin de produire son premier court métrage "Poko" qui obtient le premier prix du court métrage au FESPACO.
Il part alors en stage à Moscou et reprend des études à l'institut de cinématographie à Paris ou il obtient un DEA de cinéma. Il sort son premier long métrage en 1986 : Yam Daabo (le choix). Son film "Yaaba" en 1988 obtient le Prix de la Critique au Festival de Cannes et le prix du public au Fespaco.

1990 : son film "Tilaï" remporte le Grand Prix du Jury à Cannes, le prix du meilleur long métrage au 1er festival de cinéma africain de Milan en 1991 ainsi que "l'Etalon de Yennenga" au Fespaco la même année.

Il créé sa société de production " Les Films de la Plaine " à partir des " Films de l'Avenir "
En 1991, il met en scène à la Comédie Française à Paris la pièce d'Aimé Césaire : " La Tragédie du Roi Christophe " et enchaine les films et les prix jusqu'à devenir en 2003, président du jury du FESPACO.
Idrissa Ouedraogo réalise également des séries dont "Trois hommes, un village" pour lequel il obtient le Prix Spécial du Jury pour les séries au Fespaco 2005.

Filmographie (longs métrages)

-1986 : Yam Daabo (le choix)
- 1989 : Yaaba (grand-mère)
- 1990 : Tilaï (la loi)
- 1991 : A Karim na Sala (Karim et Sala)
- 1992 : Samba Traoré
- 1994 : Le cri du coeur
- 1997 : Kini et Adams
- 2000 :  Le monde à l'endroit
- 2003 : La Colère des Dieux
- 2006 : Kato Kato

Idrissa a également réalisé une trentaine de documentaires, courts métrages et séries télévisées

 

ENTRETIEN AVEC IDRISSA OUEDRAOGO
(février 2014)

 

J'ai eu peu de culture cinématographique dans mon enfance, j'ai eu mon bac à 22 ans et à cette époque il n'y avait pas de cinéma, les cinéastes étaient plutôt des fonctionnaires.
J'ai fait mon école primaire à Ouahigouya ; à cette époque le curé de la paroisse catholique occupait les enfants avec le foot et le cinéma. Il nous projettait des films de Charlie Chaplin, Rintintin... C'étaient des films muets et cela me fascinait. J'ai beaucoup aimé les films de Charlot.

Mon père était infirmier et il y avait peu de moyens à la maison ; j'ai eu envie de faire bouger les choses. A 16 ans j'ai fait partie de l'association scolaire du Yatenga où j'ai appris à militer et j'y ai découvert la puissance de l'image.

Après le bac j'ai voulu faire des études cinématographiques, mais personne ne comprenait. Il faut dire qu'à cette époque 98% des gens étaient analphabètes.

 

En 1979 il y a eu une grande grève à l'Université de Ouagadougou à laquelle j'ai participé, cela m'a valu d'être viré. A cette époque j'admirais beaucoup Sembène Ousmane (cinéaste sénégalais) et je voulais aller étudier le cinéma à Moscou comme lui et bien d'autres. Mais faute de place on m'a envoyé à Kiev, ce qui ne m'intéressait pas du tout.

Je suis alors parti au culot à Paris où j'ai vécu sans un sous pendant quelques temps, je "claudotais" chez les amis (vivre chez l'un ou chez l'autre en semi-clandestin - NdlR).
Après plusieurs semaines de galère, j'ai fait une rencontre étrange. J'étais assis à un café et je vois passer devant moi un Blanc que je connaissais pour l'avoir vu en Haute-Volta, Xavier.
Celui-ci m'a invité à manger chez lui, son père était alors le directeur du Monde. Il m'a  pistonné pour rentrer en 1982 à l'IDHEC (ancêtre de la FEMIS), Institut des Hautes Etudes Cinématograhiques.

 

J'ai beaucoup aimé cette école, elle était d'un niveau très élevé et en même temps il n'y avait pas de contraintes scolaires. J'en ai profité également pour militer dans des syndicats d'ouvriers. En fait j'étais très intéressé par le cinéma social.

 

 

Mon premier long métrage est sorti en 1986 : "Yam Daabo" (voir la filmographie en haut de page) J'ai alterné ensuite des longs métrages, des séries et des documentaires.

en 1999 j'ai tourné la série "Kadi jolie" qui est sorti en France et en Europe sur les chaînes cablées. Je suis allé tourner en Afrique du Sud car il y a de bons techniciens là-bas.
En fait, la TV est également un écran de cinéma,

 

 

REFLEXIONS SUR LE CINEMA

 

Le cinéma est un art, une technique et une industrie : en technique universelle, il y a des lois qu'on ne peut briser ; il faut à la fois beaucoup de talents et de bons techniciens dont l'apprentissage est long. La technique permet de communiquer avec tout le monde ; une bonne idée d'histoire ne donnera jamais un bon film s'il n'y a pas une technique rigoureuse.
Le problème des cinéastes actuellement au Burkina Faso réside dans le fait qu'ils n'ont pas fait d'études de cinéma ; ils manquent terriblement de technique et actuellement il n'y a aucun grand nom parmi les jeunes cinéastes.  Il faut réfléchir à la formation professionnelle.

 

Il y a une école supérieure à Ouaga : ISIS (Institut du son et de l'image). Un technicien supérieur en cinéma est actuellement formé en trois ans, mais il faudrait un recrutement plus éclairé.
On peut se poser la question de savoir pourquoi il n'y a pas d'Etalons d'or ou d'argent pour le Burkina Faso au FESPACO depuis plusieurs années..... Les films actuels du Burkina Faso ne sont pas vendables à l'étranger.

Néanmoins j'aime bien Sarah Bouyain que j'ai eu comme stagiaire (qui a tourné le film "L'étrangère"), ainsi qu'Apolline Traoré.

 

FILMS ET CINEASTES PREFERES ?

 

Le film préféré que j'ai tourné ? incontestablement "Le choix". J'aime parler du quotidien que je connais, ce sont les thèmes de mes films.
Chez les films des autres, j'aime beaucoup "Yelen" de Souleymane Cissé.
J'aime beaucoup le cinéaste Orson Wells, un grand monsieur, et Sembène Ousmane, un homme de bon sens. J'aime aussi les films de Tarentino et Souleymane Cissé

 

DES PROJETS ?

 

J'aurai envie de monter une école spécialisée dans les séries TV afin qu'elles soient de bonnes qualités. Les films de cinéma sont piratés très rapidement. Les salles de cinéma ferment alors que les séries télévisées prennent de l'importance : il faut apprendre à faire de bonnes séries : il y a une place à prendre.

 

J'ai deux projets de longs métrages dans mes cartons. Les histoires sont déjà écrites.


- Le premier : "Duel au soleil" parle de la colonne Voulet en Pays Mosse en septembre 1896 ; l'Afrique a besoin de grands thèmes, on ne trouve plus de modèles de courage et d'abnégation

- Le deuxième devrait s'intituler "Poste 857" ou " Le noyau de la Mangue" ; l'histoire d'un triporteur qui relie des villages dans le Sahel, histoire d'une femme qui a des difficultés à accoucher, d'une petite fille qui veut planter le noyau d'une mangue alors que l'eau manque...
Ces films coûtent cher et les fonds manquent..