Consulat du Burkina Faso de Nice

Les ruines de Loropeni

mercredi 25 janvier 2017

LES RUINES DE LOROPENI
commune de Loropeni
Sud Ouest du Burkina Faso à 430 km de Ouagadougou
47 km de piste de GAOUA, (capitale du Poni et de la Région Sud Ouest)
à Loropeni, poursuivre la piste après le centre du village en direction de Banfora
les ruines se trouvent à 4 km de Loropeni,  sur la droite
Entrée payante

 

PRESENTATION

 

Le site des ruines de Loropeni se présente sous la forme d'une forteresse à peu près rectangulaire de 106 m x 105 m pour les grands côtés et 90m pour le plus petit. Elle s'étend sur 11 130 m2.
Le Pays Lobi compte une dizaine de forteresses mais celle-ci est la plus grande et la mieux conservée. Elle s'inscrit dans un ensemble de forteresses qui s'étend jusqu'au Ghana, spécialisées dans le travail et le commerce de l'or. Loropeni se situait alors sur l'axe des grandes routes commerciales. Les ruines sont inscrites au Patrimoine Mondial de l'Humanité depuis 2009.

 

Les murs sont plus larges à la base qu'au sommet ; passant de 1,40 m d'épaisseur à 20 à 30 cm au sommet des murs qui font 5 à 6 mètres de hauteur. Ces murs ne montrent aucune ouverture visible.
Actuellement, ces ruines se situent au coeur d'une forêt claire et comportent plus de 150 espèces d'arbres ou arbustes tous originaires de la région ; on n'y dénote en effet aucun manguier ou néré... qui sont des arbres d'importation dans cette partie du Burkina Faso.

 

L'intérieur de la forteresse est organisée en deux espaces distincts. Chacun comporte des chemins à angle droit et des restes de bâtiments carrés dont les toitures étaient hautes comme en témoignent des encoches pour installer les poutres.

 

 

 


Le panneau au bord de la piste qui mène à Banfora
la guérite et l'un des guides

 

 

HISTOIRE

 

Plusieurs campagnes de fouilles ont permis d'en savoir un peu plus sur les origines de cette enceinte.

L'écrit le plus ancien date de 1902, le lieutenant Schwarz évoque simplement l'existence de la forteresse. Le capitaine Henri Labouret - Commandant de cercle à Diebougou puis à Gaoua - s'est passionné pour cette forteresse qu'il surnommera " les Ruines du Lobi " et sur laquelle il écrira dans son livre sur " Les tribus du Rameau Lobi " (1931).

Les premières fouilles ont été réalisées à cette époque, mettant à jour des poteries (actuellement entreposées au CNRST de Ouagadougou ou bien à l'Institut Cheikh Anta Diop à Dakar).

Madeleine Père, religieuse installée à Gaoua, s'est beaucoup intéressée à l'ethnie Gan (Obire se situe à quelques kilomètres des Ruines de Loropeni). Elle attribue l'origine des ruines au peuple Gan (recherches entre 1982 et 2000).

Depuis lors, des fouilles archéologiques ont été réalisées en 2008 par des archéologues de l'université de Ouagadougou :  Lassina Koté et Lassina Simporé.

Des poteries et outils ont pu être mises au jour, datant du XIème siècle. elles montrent l'ancienneté de l'occupation du site, avec des restes d'anciennes constructions sans rapport avec l'actuelle forteresse. A cette période le secteur était occupé par les Lorho (dont sont issus les Koulango et les Pakhala).

Les Gan ont occupé la région de Gaoua au XIVème et XVème siècle, avant d'en être chassés par les Lobi au XVIIIème siècle. Ils se sont alors repliés à côté de Loropeni, à proximité des ruines.

 

La construction actuelle daterait à priori d'une période antérieure à l'occupation des Gan et serait sans doute le fait des Lorho, chassés par les Gan vers le XVème siècle. Le site a été occupé par les Gan jusqu'à la fin du XIXème siècle avant d'être abandonné.
Il est devenu ensuite - comme tout site occupé et abandonné par les ancêtres - un espace sacré où des sacrifices ont encore lieu à l'époque actuelle.

 

Une autre campagne de fouilles est prévue afin d'affiner la chronologie historique ; on ignore en effet si le site a été occupé de manière continue ou bien s'il a été abandonné et réoccupé à multiples reprises.

 



Perspectives de la longueur et hauteur des murs

 


Etais sur l'un des côtés afin de consolider le mur.

 


mur et nature imbriqués

 

 

LE MYSTERE DES RUINES

 

Cette forteresse imprenable a été longtemps considérée comme un lieu pour garder les esclaves. La découverte d'entraves a renforcé cette hypothèse.

La construction très élaborée de l'ensemble a même laissé l'idée à certains historiens qu'elle pouvait être l'oeuvre de blancs : phéniciens ou portugais. Mais il s'agit bien de l'oeuvre de peuples autochtones, qui avaient visiblement une grande connaissance de l'architecture et des lois de la physique.

Les moëllons de latérites sont fabriqués en fonction de leur emplacement dans les murs ; ils ont été faits avec de la latérite concassée et chauffée à 800° avec de l'argile. Le mortier est un mélange d'argile, de néré jaune et de karité, additionné de céramique et cailloux mélangés. L'ensemble fermenté devient élastique et parfaitement étanche.  Les murs sont protégés par un enduit que l'on répare actuellement avec une argile prise à 200 mètres du site.

Certains enduits ont été analysés et montrent jusqu'à 5 couches différents, prouvant un entretien régulier du site.

 

Les deux parties étaient occupées par les femmes d'un côté et les hommes de l'autre. Un mur de séparation empêchait les deux groupes de se mélanger.

Un seul côté comporte une ouverture en chicane, laquelle servait à filtrer les entrants et les sortants. Les recherches feraient état de l'existence d'une deuxième porte, actuellement non localisée.
Cet ouvrage défensif servait  vraisemblablement non pas à guerroyer mais à se défendre en cas d'attaque pour protéger l'or que contenait la forteresse ; des pointes de flèches ont d'ailleurs été trouvées sur les lieux.

Cette forteresse vivait en autarcie, au point qu'on y fabriquait sur place le métal comme on a pu le remarquer avec les traces d'un ancien haut fourneau à proximité, qui servait à fabriquer les outils (daba, pointes de flèches....). Les restes de daba (outil d'agriculture) retrouvés lors des fouilles en 2008 montrent que les occupants cultivaient également la terre.

On peut noter la présence, lors de fouilles, d'ossements de chevaux qui n'ont pu être datés pour l'instant.

 



Détail des ruines internes : un passage dans un mur épais, entre les deux parties hommes/femmes.
des restes de constructions de bâtiments à angles droits.

 

 

VISITER

 

Quatre guides se partagent en alternance, les visites des ruines. Les billets se prennent à la guérite de l'entrée.
Si celle-ci est fermée, il faut monter le chemin : le guide de service est sans doute déjà sur le site.
L'entrée est payante.

 

Depuis 2014, l'entrée du site est aménagée avec la construction de plusieurs bâtiments en latérite : une cafétéria, un musée et un logement pour les touristes de passage.

 

 


Détails de la construction : moëllons, mortier, enduits



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Des enduits qui ont traversé les siècles
à gauche les petits cailloux  dans le mortier

 

FOUILLES ARCHEOLOGIQUES 2008

 

Le premier chantier de fouilles réalisé de manière scientifique, s'est déroulé en 2008 pendant 2 mois. Deux archéologues de l'université de Ouagadougou se sont partagés le site : Lassiné Koté pour le secteur sud et Lassina Simpore pour le secteur nord.

Les sondages ont porté sur des zones supposées être des portes ou des points d'eau.  Les fouilles ont révélé des céramiques de petites dimensions, des outils (pointes de flèches, daba, couteaux) et du charbon de bois. L'ensemble serait daté au XIème siècle.

Les fouilles ont également permis de mettre à jour des soubassements de mur (voir les photos ci-dessous) datés du XIème siècle, mais n'ont pas permis encore de déterminer la date de la construction des murs de l'enceinte.

 



Soubassements de mur montrant une occupation antérieure aux murs actuels du site

 

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Musée, cafétéria et auberge pour les visiteurs de passage. construction débutée en 2014 - terminée en 2016, inaugurée par le Ministre de la Culture

 

 

EN SAVOIR PLUS

- 2016 : visite du Ministre de la Culture le 30 mai 2016

- 2015 : 6ème anniversaire du classement au patrimoine mondial

- Un article qui fait le tour de la question " les ruines de Loropeni "

- Plus ancien : "Vers la fin du mystère des Ruines du Lobi "?

- Site du gouvernement du Burkina Faso

- Bilan d'un classement au 16 juillet 2014

- Bilan trois ans après le classement

 

(Photos : A et B Chalamon)