Consulat du Burkina Faso de Nice

Peintures de Tiébélé

samedi 01 septembre 2012

Le Pays Kassena ( Province du Naouri) se situe dans le sud du Burkina Faso. L'ethnie est à cheval sur le Burkina et le Ghana. Il rassemble 250 000 individus. Il s'étend de Tiakane, Pô, Tiébélé jusqu'à Lankana, la colline de Kaya, Zeiko, Ziou ...
Le pays Kassena est un secteur connu pour ses peintures faites sur les maisons traditionnelles.

 

Ces peintures - en pigment naturel - sont une spécialité exclusive des femmes. Refaites habituellement tous les trois ans ; il faut les refaire tous les deux ans depuis quelques années à cause du changement climatique qui amène des orages plus violents qu'il y a deux décennies. Ce excès brutal d'humidité détériore les peintures plus rapidement.

Ces peintures - bien qu'en voie de disparition - se retrouvent dans certains ensembles comme le Palais royal de Tiébélé, ou la concession du chef de village de Gueunon ou encore la concession du village de Tangassogo.

 

 

 

 

LE MATERIEL

 

Les peintures se réalisent en équipe ; une femme passe les enduits, une autre passe le kaolin, une troisième marque les motifs etc... tous les enfants (filles ou garçons) apprennent à faire les peintures, mais devenus adultes, seules les femmes peuvent les faire.

Les pigments naturels sont assez compliqués à trouver depuis quelques années à cause de la raréfaction de certains arbres (dont le néré) ou de la terre de kaolin ; ces ingrédients devant être maintenant souvent achetés, les peintures reviennent assez cher.

Les ingrédients sont tous préparés à l'avance afin de pouvoir terminer un mur dans une journée. présentés dans des calebasses, broyés et prêts à être utilisé, ils sont malaxés au fur et à mesure.

 

En voici la liste :

- bouse de vache liquide ("nabanou")
- de la latérite réduite en poudre ("sôro")
- du kaolin en poudre ("déra")
- de la graphite réduite en poudre ("kandoua zom")
- une décoction de plantes gluantes ("soro") qui permet de fixer la graphite sur la latérite. Cette plante peut se manger dans une sauce
- de plumes de volaille pour peindre ("tchikougou")
- des cailloux plats pour lisser
- des cailloux au bord effilé pour les incisions
- des cailloux blancs (craie) pour les motifs en blanc
- Décoction de néré que l'on passe comme "vernis" afin de protéger les peintures

 


Le travail s'établit en plusieurs couches que l'on laisse sécher avant d'étaler la suivante :

  1. une avant couche qui consiste à mouiller la paroi qui va être peinte
  2. mélange de kaolin avec de l'eau et un peu de bouse de vache
  3. passer une couche de bouse de vache
  4. passer une couche de latérite mélangée à de la bouse de vache
  5. lisser la couche avec un cailloux plat

 



Avant-couche où on passe de l'eau, préparation du kaolin que l'on passe à la main


 


Préparation des ingrédients : bouse de vache liquide



Latérite en poudre, graphite en poudre
à droite : craie blanche et plumes de volaille




Cailloux au bord tranchant pour les incisions



On mélange la graphite avec une décoction de "Soro",
une plante gluante
qui permettra à la graphite de tenir sur la latérite
 


Certaines femmes finissent de passer la couche de kaolin
pendant que les autres diluent la poudre de latérite


 


La couche de latérite est passée sur la couche sèche de kaolin
 


La couche de latérite une fois sèche, la responsable de l'équipe des femmes décide du choix
des motifs. Ceux-ci sont remplis de peinture noire (la graphite) passée avec une plume de volaille


 


Travail d'équipe où chacune a sa place

 


Les femmes travaillent à partir du toit.
Les zones blanches seront remplies à l'aide d'un cailloux de craie
que l'on passe en crayonnant comme un coloriage

 


Une autre femme travaille à partir du sol pour étaler
les différentes couches sur la partie basse du mur

 


Une autre femme, spécialisée dans les incisions, va alors diviser
la surface du travail en incisant l'enduit de latérite encore frais à l'aide de cailloux au bord tranchant.

 


Il est d'usage de laisser certains motifs gravés par les visiteurs de passage
à gauche le prince Anakan, à droite une française de passage

 


Les motifs incisés sont peints avec la graphite passée à la plume de volaille



La couleur blanche coloriée avec de la craie,
elle blanchit au bout de quelques minutes

 


La peinture est terminée,
une femme asperge de l'eau sur le mur pour éviter un séchage trop rapide
le lendemain ; on passera le "vernis" fait de décoction de néré

 

 

LES SYMBOLES

 

Tous ces motifs ont une apparence géométrique, mais ils reflètent des sujets bien réels. Ils se présentent sous trois formes différentes : peints simplement à même le crépis, motifs incisés et peints ou bien encore motifs en relief

 


A gauche : le balai - à droite : un épi de mil
 

Chèvre et pintade
 


Filet de pêche en haut et tambour d'aisselle en bas
et à droite un cauris (ancienne monnaie)

 


Scarifications - et à droite une pointe de flèche ou la daba
 


A gauche : une bouche scarifiée (à confirmer)
A droite : une pipe. Ce motif figure sur la maison-mère pour signaler
qu'un jeune de la famille qui était parti loin, est maintenant revenu

 


A gauche, ces motifs sont peints sur une maison-mère : d'où la présence de la canne.
On y trouve une tortue, un serpent, une daba, un tambour d'aisselle....
à droite : un lézard en relief

 

 

Article réalisé grâce au Prince Anayan Amoukitan
de la famille royale de Tiébélé
Association Djawolim pour le Développement de Tiébélé
courriel : assodjawolim@yahoo.fr
site internet : http://www.assodjawolim.org