Consulat du Burkina Faso de Nice

Le coton : histoire du coton

mardi 21 août 2018

LE COTON DU CHAMP AU PAGNE

 

 

HISTOIRE DU COTON

 

LES ORIGINES

 

La culture du coton est pluriséculaire au Burkina Faso. Il aurait été introduit à partir du VIIème siècle, suivant la progression de l'Islam. Ils auraient suivi les migrations des Peuls ; la Boucle du Niger recèle des grottes contenant des squelettes habillés de vêtements de coton cousus(voire de laine) les tissus étant déjà très élaborés et montrant une habitude déjà ancienne. Ces grottes (dans le secteur de Bandiagara pour certaines) ont été datées du XIème siècle pour les plus vieilles.

Chaque concession possédait une parcelle qu'elle cultivait pour la famille. Il s'agissait d'une culture secondaire, dont on s'occupait après toutes les cultures céréalières.

 

La récolte était égrenée et filée par les femmes (toutes les femmes savaient filer le coton) et certains hommes tissaient (sur un métier manuel fabriqué sur place) des bandes de coton blanchâtre (avec parfois quelques fils colorés) qui servaient avant tout au besoin familial en habits quotidien, en habits de fête ou bien encore pour les funérailles pour fabriquer le linceul. Le surplus était vendu dans les marchés sous forme de rouleaux. Parfois même ; ces rouleaux devenaient une monnaie d'échange dans les zones sahéliennes. En 1859 Heinrich Barth signale que les Mosse fournissent le marché de Dori en bandes de coton qui constituait du troc avec les régions sahéliennes jusqu'à Tombouctou.

 

Le métier traditionnel était le savoir faire des hommes, introduit par l'Islam (Anne Grosfilley) que ne pouvaient utiliser les femmes à cause de la position des jambes écartées. Les femmes avaient un métier vertical moins pratique : on pouvait tisser des bandes plus larges (50 cm) mais nettement moins longues. ce sont les missions chrétiennes qui vont mettre au point un métier en métal où les femmes peuvent tisser assises en s'inspirant du métier masculin.

 

Le rendement de chaque champ était plutôt faible (maximum 150 kg à l'hectare), mais le paysan s'en occupait après toutes les autres cultures.

 

 

L'espèce cultivée de tout temps appartenait à l'espèce Gossypium Arboreum (qui semblerait provenir d'Afrique de l'Est voire plus loin en Asie) ; deux autres espèces se sont rajoutées à une période indéterminée : Gossypium hirsutum et Gossypium Bardadense (surnommé aussi le cotonnier créole), qui proviendraient du continent américain.

 

LA COLONISATION

 

La colonisation (à partir de 1895) va marquer un tournant dans la culture du coton. Certains champs expérimentaux vont même être tentés par le colonisateur français. Cet intérêt va être accentué par la crise du textile que traverse l'Europe en 1902, dû à la spéculation de deux hommes d'affaires américains.
En réaction à ce problème, l'industrie cotonnière française créée en 1903 un organisme chargé de développer la culture du coton dans les colonies françaises :"L'Association cotonnière coloniale" (ACC) qui va reprendre des champs d'expérimentation dans plusieurs pays.

La première guerre mondiale va mettre un frein à ces diverses tentatives de développement du coton. Mais en 1919, la création de la colonie de Haute-Volta avec à sa tête un gouverneur, va totalement changer la donne et développer la culture du coton de manière intensive.

Le gouverneur Hersling va s'efforcer de développer la culture du coton, parfois par des moyens coercitifs. Il va rendre la culture du coton obligatoire à travers la création des "champs collectifs villageois de coton", dont la production serait réservée à l'exportation. Cette culture obligatoire va durer de 1924 à 1929. Le travail était fortement encadré par les personnes de l'administration coloniale et les chefs locaux. Les mémoires sont restées très fortement marquées par cette période.

 

Parallèlement, un service des textiles est créé à l'échelle de l'AOF, relayé dans chaque pays par un service local des textiles. Des fermes cotonnières voient le jour notamment près de Koudougou et de Bobo Dioulasso.


Cette politique à poigne permet de passer de 300 tonnes de coton en 1924 à 3 528 tonnes en 1925 et 6 238 tonnes en 1926.  L'instauration des champs collectifs obligatoires à superficie proportionnelle  à la population va mettre un frein à cette augmentation de la récolte. En effet, il est exigé dans les villages de cultiver des champs de coton à hauteur de 4 hectares pour 100 habitants. Une résistance va s'organiser avec notamment une fuite d'une partie de la population dans l'actuel Ghana.

 

En 1927, la récolte tombe à 2 014  tonnes. Par ailleurs, il semble que la population soustrait une partie de la récolte pour tisser des bandes de coton vendues dans les marchés ou expédiées au Ghana.

Le gouverneur suivant - Fournier - va assouplir les exigences, d'autant plus que plusieurs années de sècheresse frappent le pays et la sécurité alimentaire pose de sérieuses inquiétudes.

Les champs collectifs sont officiellement abolis en 1930, au profit de la culture traditionnelle et volontaire, la culture commerciale tombe du coup de 1 644 tonnes en 1931 à...... 142 tonnes en  1932 !

1932 - 1947. La Haute-volta est démembrée, la culture du coton devient anecdotique et familiale. L'ACC devient en 1941 "l'Union cotonnière de l'empire français" (UCEF) qui va prendre en charge les aspects scientifiques du coton au détriment de son aspect commercial.

L'UCEF se transforme par la suite en IRCT ("Institut de recherches du coton et des textiles exotiques")

 

 

DE LA HAUTE VOLTA RECONSTITUEE A L'INDEPENDANCE

 

En 1947 la Haute Volta est reconstituée et les nouveaux responsables se tournent de nouveau vers la culture du coton afin de redémarrer l'économie du pays. La mission va en être confiée à la CFDT (Compagnie française  pour le développement des fibres textiles). La CFDT va s'occuper de l'encadrement technique et de la commercialisation sur la base du volontariat ; les esprits restant encore marqués par les contraintes des champs collectifs obligatoires.

Jusqu'à l'indépendance en 1960, la CFDT va définir des zones cotonnières (représentant environ 40% du territoire). ces zones sont encadrées par des chefs de secteurs qualifiés (ingénieurs, agronomes...) chaque secteur étant divisé en "centres cotonniers sous la direction technique de moniteurs.

Le prix d'achat au producteur est alors fixé par une caisse de stabilisation des prix du coton. Des marchés cotonniers sont organisés dans toute l'Afrique de l'Ouest.. La CFDT met également en place des camions afin d'acheminer les récoltes jusqu'aux centres d'égrenage. Les usines sont alors installées à Tougan, Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Elles sont sous le contrôle de la CFDT.

Mais malgré toute cette organisation, la reprise de la production est très difficile. Les hommes politiques voltaïques qui préparent l'indépendance sont opposés voire hostiles à cette culture qui a laissé tant de  mauvais souvenirs. En 1960, seuls 1018 tonnes sont récoltés.

 

Avec l'avènement de l'indépendance le 5 août 1960, la donne va changer. Les nouveaux responsables politiques deviennent tout à coup très favorables au développement de la culture cotonnière. Ils réalisent en effet que le coton peut engranger des devises indispensables à leur développement. En 10 ans la production de coton va passer de 3000 tonnes à 36 000 tonnes.

 

 

Il est décidé la création d'un complexe textile pour gérer sur place la transformation d'une partie des fibres sur place, c'est ainsi qu'est né à Koudougou la Société Voltaïque des Textiles (VOLTEX) qui fonctionnera dès 1968.
Plusieurs sociétés étrangères se proposent d'aider au développement du coton ; aussi le territoire sera partagé en quatre zones (excepté le Sahel et le sud-est) qui seront gérées par la SATEC, le GERES, la SAED, la SOTESA et toujours la CFDT qui garde une place prépondérante dont le monopole de la filière coton (commercialisation, égrenage...), toutes ces sociétés vont être gérées par la direction du développement rural (DDR).

Les superficies cultivées augmentent jusqu'à atteindre 80 000 hectares et le rendement à l'hectare passe de 150 kg à 400 kg puis à 800 kg en 1980, qui s'expliquent par une meilleure professionnalisation des cotonculteurs, l'introduction de la fumure minérale et du traitement phytosanitaire.

La progression du rendement va se poursuivre dans les années 70 et 80 avec 77 500 tonnes en 1980. Le gouvernement veut alors poursuivre sur cette lancée en lançant le "Projet Coton Ouest-Volta" financé en partie par la banque mondiale. La CFDT assure l'encadrement technique qui va vite montrer ses limites pour déboucher sur un partenariat avec l'état voltaïque qui donnera la création en 1979 de la Société Voltaïque des Fibres Textiles (SOFITEX) qui est toujours la société cotonnière la plus importante du Burkina Faso.

 

La progression se poursuit malgré quelques années maigres pour atteindre plus de 150 000 tonnes de coton-graines en 1990. L'aide aux cotonculteurs passera par une mécanisation de l'exploitation agricole par la culture attelée, l'introduction systématique de la fumure organique et surtout la création en 1980 d'une caisse nationale de crédit agricole qui permettra aux paysans d'emprunter pour s'équiper.
La révolution de 1983 ne mettra pas un frein à cet élan, malgré quelques campagnes déficitaires dues à l'effondrement des cours sur le marché mondial. Le CNRST (Centre National de Recherche scientifique et technique) va apporter un appui technique important à travers des recherches sur la semence (les différentes variétés de coton), la protection phytosanitaire et  l'agro-économie

Les paysans quant à eux vont s'organiser en GV (groupement villageois) qui s'apparentent à des coopératives, véritables relais avec les sociétés et les institutions. ces GV sont devenir des GPC en 1996 (Groupement de producteurs de coton).

 

En 1991, la quantité de coton-graine atteint 189 500 tonnes pour redescendre l'année suivante à 167 200 tonnes (baisse due à l'attaque des plants par une chenille) : la culture du coton à l'échelle nationale est désormais bien installée. Les recherches scientifique et technique se poursuivre notamment autour d'une variété de coton sans gossypol (glande toxique sur les graines de coton qui rend ces graines impropres à la consommation par les humains ou par les animaux). Ces recherches mise en expérimentation sur plusieurs hectares, vont être agrandies à l'échelle du pays donnant d'intéressants débouchés pour l'industrie agro-alimentaire.

 

 

Une partie des récoltes reste dans les villages afin de satisfaire les familles (tous ces cotons sont alors égrenés, filés et tissés sur place) tout le reste est vendu à la SOFITEX laquelle en 1991 compte 7 unités industrielles qui vont traiter l'égrenage, le tri des déchets, le tri du coton (premier choix, deuxième choix...) et l'exportation à raison des 2/3 vers les pays d'Extrême Orient et 1/3 pour la communauté européenne.

Les graines sont quant à elles destinées à être stockées à titre de semence (environ 16%), envoyé aux huileries bobolaises (64%), 4,5 % sont vendus à un organisme d'approvisionnement d'intrants zootechniques et vétérinaires, et le reste en ventes diverses.

les graines destinées aux huileries vont produire 1/3 d'huile de coton brute (vendue en grande partie à à la saphyto qui produit des insecticides, d'autres vont être raffinées et désodorisées avant d'être vendu pour l'alimentation), les 2/3 restants de tourteaux vendus en Europe et aux pays limitrophes ou sur place afin de fabriquer de la farine pour les animaux.

 

ET LE TISSAGE TRADITIONNEL ?

 

Le filage traditionnel du coton va s'amenuiser au profit de fil fabriqué de manière industrielle en Côte d'Ivoire et Faso Fani à Koudougou (1970) qui va malheureusement fermer à la fin des années 1990. Depuis 1997 le fil de coton est produit par la FILSAH ("Filature du Sahel") à Bobo Dioulasso.

 

Les femmes vont totalement reprendre le tissage traditionnel à leur compte mais pendant des années la qualité (et la quantité étant donné le temps mis à fabriquer une longue bande de tissu) n'était pas au rendez-vous. Il va falloir l'intervention du chef de l'état Thomas Sankara en 1987 pour obliger la population à s'habiller exlusivement en tissage traditionnel pour que la filière décolle vraiment ; c'est la naissance du "Faso Dan Fani". Les femmes vont comprendre qu'il faut s'organiser entre elles en coopératives c'est ainsi qu'en 1984 se créée la COPAFO ( coopérative de production artisanale des femmes de Ouagadougou) et bien d'autres coopératives par la suite.
Des centres de productions voient le jour où les femmes peuvent travailler ensemble, aidés par le ministère de l'Action Sociale ou le Ministère de la Femme afin de s'équiper.
Le gouvernement suivant va abolir la politique autoritaire du Faso Dan Fani mais développer l'artisanat (en ouvrant notamment le SIAO aux cultures étrangères afin d'en faire une vitrine de l'artisanat africain dans sa globalité).

 

Il va pousser à travers cette foire à développer la qualité du tissage manuel. En 1996 est mis en place le Concours de la meilleure étoffe, en 2006 le gouvernement organise le salon des "Fibres et matières d'Afrique pour une mode équitable".  Le Faso Dan Fani, d'un petit artisanat populaire et traditionnel, va glisser vers la haute couture grâce à des couturiers qui vont s'intéresser à cette fibre dont ils peuvent commander les motifs et les modèles (à la différence du coton imprimé). Parmi eux : Pathé'O, Salif C et bien d'autres. Ces Burkinabè ont un pieds au Burkina Faso mais sont souvent installés dans d'autres pays d'Afrique (souvent à Abidjan) et participent aux plus grands défilés de mode, que ce soit dans toutes ls capitales africaines mais également en Europe et aux Etats Unis. L'avènement du Président Roch Kabore va poursuivre cet élan puisqu'il demandera expressément en 2014 à ce que le pagne officiel du 8 mars soit le Faso Dan Fani tissé par les femmes burkinabè ; la mode des simples coutuières s'intéresse à ce tissu et le président lui-même apparaît régulièrement en tenue traditionnelle.

 

LE BURKINA FASO MODERNE

 

Si la filière de la culture du coton est bien installée et augmente d'année en année sa production à l'échelle nationale, elle reste néanmoins dépendante du cours mondial du produit central de la filière. Il est compliqué de lutter contre le coton indien ou américain (surtout celui-ci qui est très largement subventionné). Tout ceci rend la situation des cotonculteurs très précaires ; à la merci à la fois de la météo et des cours mondiaux. C'est la SOFITEX (ou les autres usines) qui les payent en fonction de ces cours et parfois le paysan peut voir ses revenus baisser (en 1993, le coton-graine a baissé de 65 à 55 francs le kilo, en 2016 il atteint 245 francs le kilo. Les intrants étant fournis également par la SOFITEX, de nombreux cotonculteurs se trouvent endettés.

Si la production progresse régulièrement  avec des années meilleures que d'autres, la situation des cotonculteurs est très fluctuante. 400 000 hectares étaient cultivés en 2002, 716 000 en 2006 pour redescendre à environ 450 000 ha ; pour une production de 462 000 tonnes en 2009, 533 000 tonnes en 2012, 750 000 tonnes en 2017 (très bonne année).


Les difficultés des cotonculteurs vont amener le gouvernement à travers son ministre de l'agriculture Salif Diallo à installer le coton OGM en 2008 (l'autorisation a été signée en 2006) pensant trouver une solution à tous leurs soucis. Mais quelques années après (dès 2010) les cotonculteurs se plaignent que la fleurs est nettement plus petite et de moins bonne qualité. Le coton transgénique sera abandonné dès 2016. La production 2017 atteindra de nouveau la quantité (750 000 tonnes) et la qualité.

 

La filière du coton bio, mise en sommeil lors des années Monsanto, va reprendre vigueur pour dépasser 7000 hectares semées en coton bio. Même si cela reste anecdotique par rapport à la culture du coton conventionnel, cela dénote une volonté de mieux respecter les sols (mis à mal avec la culture du coton classique qui épuise la terre) et produire un coton de belle qualité.

 

En 2018 : pour la première fois, le Burkina perd sa prépondérance africaine pour la production du coton, battu par le Mali qui a lui aussi repris la filière. Néanmoins, le Burkina Faso garde le cap sur la fillière qui rapporte 60% des recettes d'exportations du pays, contribue à 30% du PIB et fait vivre 4 millions de Burkinabè. Les trois industries actuelles sont toujours la SOFITEX, le FASO COTON (vers Ouagadougou) et la SOCOMA dans la région Est.

62% de la production est envoyée en Asie et 17% en Europe. Le Burkina Faso est le 12ème producteur mondial de coton et 1er producteur en Afrique même si le Mali en 2017 a vu sa production dépasser celle du Burkina Faso.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

- Histoire de la culture du coton (A. Schwarz - IRD - 1993) (dont l'article s'est largement inspiré)

- Grosfilley Anne, "Le tissage chez les Mossi du Burkina Faso : dynamisme d'un savoir faire traditionnel", Afrique contemporaine, 2006/1 (N°2017), pages 203-2015

- 2009 Koussoube Hamidou : "Culture du coton et développement durable au Burkina Faso", mémoire de maîtrise

- Le Gossypium (Wikipedia)

- L'économie coloniale de la Haute Volta (lefaso.net)

- ABC - janvier 2002 - les bailleurs de fonds au secours de la filière coton ?

- lefaso.net 2016 - le Burkina Faso abandonne le coton transgénique

- Bedaux et Bolland, "Tellem, reconnaissance archéologique d'une Culture de l'Ouest africain au Moyen-âge", in Journal des Africaniste, 1980, 50-1, pp 9-23 

- Tap for Cotton : Burkina Faso

- Le Burkina Faso abandonne le coton BT transgénique

- A qui profite le coton BT ? ABC Burkina

- Au Burkina Faso : la relance du coton bio

- Evaluation économique du coton

- L'organisation des cotonculteurs

- Analyse des incitations et pénalisations du coton au Burkina Faso - octobre 2012 - MAFAP SPAAA 

 

 

(Crédit photos sur la page principale)

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