Consulat du Burkina Faso de Nice

Le coton - tisser le coton

jeudi 23 août 2018

LE COTON : DU CHAMP AU PAGNE

 

TISSER LE COTON

 

Les premiers métiers à tisser étaient fabriqués par des hommes car c'était surtout eux qui tissaient (les femmes filaient le coton). Les femmes pouvaient difficilement tisser car c'était un métier qui se pratiquait assis par terre avec les jambes écartées pour manier l'alternance entre la chaîne et la trame.

Le métier était fabriqué avec du bois taillé et de la corde tressée à la main. Il était formé de deux peignes de petite taille de forme carrée, de navettes (toujours taillées à la main), et d'un cadre qui permettait de fixer le tout. Le tissage se faisait en passant la navette entre les deux rangées de fil, qui alternaient grâce à des cordes fixées aux pieds du tisserand, installés dans un trou.

 



On note le trou creusé dans le sol afin de donner un dénivelé aux jambes, permettant le passage de la navette. L'étroitesse du métier (et des peignes) ne permettait que le tissage de bandes étroites, soit de couleur écrue (couleur du coton brut) soit avec quelques fils teints en bleu.
Les bandes étaient vendues en rouleau, il suffisait alors de couper les bandes à la longueur voulue, les coudre côte à côte pour fabriquer le vêtement désiré. La majeure partie de la production était destinée à l'usage de la famille, le surplus était vendu dans les marchés. Le métier de tisserand était alors secondaire par rapport aux cultures dans les champs.

(Photos prises près de la mare aux crocodiles sacrés de Bazoulé, avec la permission du tisserand)

 


 

Voici quelques pièces d'un ancien métier : tout était fabriqué à la main. La quenouille était l'affaire des femmes. Le métier l'affaire d'hommes. On note le peigne (en mauvais état), fait de deux morceaux de bambou qui tiennent les dents du peigne avec un système de tressage fait d'une cordelette.
Dernière photo : les bandes de tissu qui n'excédaient pas une dizaine de centimètre. (métier récupéré dans un village sur le district de Yamba, près de Fada).

 

A partir des années cinquante, le métier de tisserand va se féminiser grâce à une nouvelle conception du métier lui-même. Ce sont les missionnaires (essentiellement les religieuses) qui vont le mettre au point afin de procurer du travail aux veuves ou femmes seules. Celui-ci va être en métal, et se présenter comme un cube. Les peignes deviennent plus larges. Un tabouret va permettre aux femmes de travailler assises et manier les pédales plus facilement. Ce métier est fabriqué par un ferronnier qui va simplement souder des morceaux de métal. En 2018, un tel métier coûte 70 000 francs (108 euros). 

 

 


 

Le principe est le même que l'ancien métier, mais il permet de tisser plus facilement, des bandes beaucoup plus larges et plus longues. Les fils sont installés devant le métier sur cinq à 10 mètres, tenus par une pierre qui va glisser sur le sol au fur et à mesure du tissage.
Chaque métier est individuel et permet un apport financier aux femmes non négligeable, au point qu'elles vont se regrouper en associations puis en coopératives. L'apparition des teintures chimiques tout comme le maintien des teintures traditionnelles,  vont permettre des tissus plus colorés. Des formations adaptées vont apprendre aux femmes des tissages plus compliqués, avec plusieurs couleurs et des motifs particuliers à certains endroits.

 

 


Le fil, la navette, le dévidoir et un pagne (La Grâce du Gulmu à Fada n'Gourma)

 

Les métiers vont grandir sur la même base que les métiers individuels, et permettre des tissus de plus d'un mètre de large, ne nécessitant plus d'être découpés et cousus côte à côte.
Ces métiers appartiennent à des groupements organisés (comme ici la "Grâce du Gulmu" à Fada n'Gourma) et ne peuvent être tissés que par des femmes possédant bien le métier

 

 


Grand métier métallique : plus besoin de tendre les fils sur plusieurs mètres ; ils sont enroulés autour d'un tambour, idem pour le tissage.

 

 

Ces métiers permettent une largeur nettement supérieure ; la particularité réside dans le fait que le métier est en bois. Quatre pédales et quatre peignes donnent des possibilités de tissage beaucoup plus étendues, avec des fils teints par intermittence (cf la photo ci-dessus).

Nous sommes ici dans un domaine professionnel. Ces métiers ont été mis au point grâce au projet PACOTA  ("Programme d'Appui à la Commercialisation du Textile Artisanal"). Ce projet mis en place avec la coopération autrichienne visait à accroitre la production du textile Dan Fani. Ce projet faisait suite au projet PROFITA avec le CEAS (Centre Ecologique Albert Schweizer) visant déjà à produire une plus grande quantité de tissu. 
Pacota a débuté en 2008 à Gounghin (Ouagadougou), avec exposition au SIAO.

Néanmoins, ces métiers demeurent encore une exception car ils sont très chers et demandent une formation importante. La plupart des groupements de femmes tisserandes utilisent les métiers métalliques de base qui permettent de jolis tissus appelés Dan Fani.

 

 

EN SAVOIR PLUS

 

- Le projet PACOTA

 

(Crédit photos : sur la page principale)

 

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