Consulat du Burkina Faso de Nice

Odette Hesling

mercredi 07 novembre 2018

Mon père, premier Gouverneur de Haute-Volta

 

Odette Hesling a bientôt 105 ans ; avec toute sa tête, tous ses yeux, toutes ses oreilles.....
Née en 1907, elle avait une dizaine d'années lorsque son père - Edouard Hesling - administrateur à Madagascar, fut nommé premier gouverneur de la Haute-Volta où toute la famille arriva en 1919.

Odette est décédée en février 2015

 

Odette, pouvez-vous nous parler de votre arrivée à Ouagadougou en 1919?

 

J'avais alors 11 ans, nous quittions Madagascar où j'avais passé toute mon enfance au point de parler malgache. Nous y avions une très belle maison. Nous sommes arrivés en Haute-Volta dans un gros village appelé Wagadugu. Rien n'était construit pour nous loger, nous avons donc logé dans une maison en banco où les seuls meubles étaient une table et quelques chaises. Ma mère a acheté des nattes au marché.
Je me rappelle de notre arrivée car les gens n'avaient jamais vus d'enfants blancs aussi il y avait un attroupement autour de nous.
Puis mon père a fait construire le premier gouvernorat.  Ma mère a fait venir des meubles de France et nous avons pu avoir le confort qui existait à cette période, même s'il n'y avait pas d'électricité.
Le jardin était magnifique ; je me rappelle entre autre d'un très vieux baobab qui était très connu. J'espère qu'il existe toujours.

 

Comment se déroulait le quotidien à Ouagadougou ?

 

Avec ma soeur nous n'allions pas à l'école car il n'y en avait pas pour les français à cette époque. Des professeurs venaient à la maison pour nous donner des cours;

Lorsqu'il faisait très chaud, nous dormions sur la terrasse mais je n'aimais guère à cause de la lumière de la lune ou des bruits, et je redescendais dans la maison vers 5 heures du matin. La nuit, portes et fenêtres restaient grandes ouvertes et nous dormions sous une moustiquaire. J'étais à moitié rassurée car j'entendais dans le jardin les hyènes qui venaient aboyer.
Au loin il y avait un gros troupeau de zébus et la nuit nous entendions les lions qui venaient chercher leur proie en rugissant.
Mais je n'ai pas le souvenir d'avoir eu vraiment peur malgré les nombreux serpents que l'on rencontrait dans le jardin (dont un boa qui était rentré dans la maison).

Pour la nourriture, nous achetions au marché tous les légumes ou la viande dont nous avions besoin ; cela ne posait guère de problèmes. J'aimais bien cuisiner le gombo. J'aimais également la papaye : j'utilisais la papaye verte que je cuisais comme un légume et la papaye mûre comme fruit.  Nous cuisinions également beaucoup le mil mais sous forme de graine.

Pour s'habiller, ce n'était pas compliqué ; nous achetions des pagnes au marché et nous confectionnions nous-mêmes nos robes. Ma mère nous avait appris à coudre. Pour le reste nous le faisions venir de France.

Le dimanche, nous partions avec des amis à vélo pour un lac qui se trouvait à une dizaine de kilomètres de Ouagadougou et là nous pique-niquions.

 

Pouvez-vous nous parler plus particulièrement du personnel embauché par votre mère ?

 

Ma mère avait embauché une dizaine de personnes : un cuisinier ( qui a vite réclamé un marmiton pour l'aider), une femme pour s'occuper de nous, une femme pour le linge, une autre pour le ménage, un jardinier, un boy-panka...

 

.... Un boy-panka ?

 

Le panka était un morceau de bois fixé au plafond d'où pendait des tissus ; une personne était chargée d'agiter ces tissus à l'aide d'une corde et d'une poulie pour faire de l'air pendant que nous prenions nos repas.... C'était  le premier ventilateur.

Ils étaient tous très attachés à nous, lorsque nous sommes retournés en France pour un bref séjour,  nous en avons amené deux avec nous ; ils étaient tellement ravis que le cuisinier a voulu rester en France, mais ce n'était pas possible.

Tous les boys étaient mossé et à la longue j'avais fini par apprendre un peu de mooré mais j'ai tout oublié.

 

Vos souvenirs de brousse ?

 

J'aimais beaucoup la brousse, d'ailleurs j'allais souvent m'y promener toute seule ; c'était calme, c'était la nature ... Mais ce n'était pas sans danger, aussi dès que je me suis fiancée, mon fiancé n'a plus voulu que j'y aille seule.

J'ai parfois accompagné mon père dans ses tournées quand il partait en voiture, mais j'accompagnais plus souvent le médecin qui partait dans les villages soigner les enfants et les adultes. Je l'ai souvent assisté pour des accouchements. On dépistait les enfants malades, mais il s'agissait souvent de problèmes intestinaux. On les soignait - pour les moins graves - avec des plantes locales dont je ne me rappelle plus le nom mais également avec de la papaye connue pour réguler les problèmes intestinaux.

Je me rappelle également d'un long voyage en voiture où nous avons fait un arrêt à Gaoua. Je me rappelle d'une grande place où nous avons fait halte.  Je me suis assise entourée d'une nuée d'enfants  qui nous regardaient avec curiosité n'ayant jamais vu ni blanc ni voiture.

 

Parlez-nous de votre père, le Gouverneur Edouard Hesling

 

Il faisait ses tournées à cheval ; il faut dire qu'à ce moment les pistes n'étaient guère praticables pour les voitures. Nous avions bien une voiture mais elle était vieille. Un jour, mon père est tombé en panne dans un marigot et il a dû faire trente kilomètres à pied pour rentrer à la maison.

Quelques années après, il a pu avoir une nouvelle voiture avec laquelle il pouvait faire des tournées plus lointaines ; il se rendait en voiture dans le bourg le plus important et allait visiter les villages à cheval. Il a toujours refusé d'être accompagné d'une escorte de tirailleurs comme ont fait d'autres administrateurs ; il partait seul avec un interprète et n'a jamais eu le moindre problème.