Consulat du Burkina Faso de Nice

Le suicide au Burkina Faso

mardi 06 novembre 2018

 

 

LE SUICIDE

 

Parler du suicide au Burkina Faso, c'est s'attaquer à un tabou. Un tabou qui a la vie tellement dure qu'il est très compliqué d'avoir des chiffres ou tout simplement des réponses aux questions. Cet article a été rédigé à la suite d'une vaste enquête où il a été délicat d'obtenir des réponses précises. Un fossoyeur rencontré a nié avoir vu ou entendu parler de quoique ce soit ; une autre personne a volontiers répondu tout en demandant de "protéger les sources"... les vieux tabous ont la vie dure !

 

Cette véritable "omerta" a laissé longtemps croire que le suicide était inexistant au Burkina Faso, certaines personnes ont affirmé que le suicide était "affaire des blancs" et ne concernait que les occidentaux. Or en poussant les gens dans leurs retranchements, en leur parlant en particulier, on s'aperçoit que le suicide est omni présent dans la société burkinabè (avec des différences suivant les ethnies), aussi bien en brousse qu'en milieu urbain. C'est même un véritable fléau.

 

QUI SE SUICIDE ?

 

Le suicide touche toutes les couches sociales et tous les âges. Toutefois, il semblerait que les suicides en brousse concernent plus des adultes (des paysans pour la plupart). Les enfants (âge primaire, collège, lycée) se suicident plus en zone urbaine ou péri urbaine et le mouvement - plutôt récent - a tendance à s'accentuer.

On assiste également à des suicides de personnes âgées, guidés par la misère ou bien l'honneur familial.

 

 

POURQUOI SE SUICIDER ?

 

Les causes du suicide sont très nombreuses et parfois surprenantes. La majeure partie des suicides des femmes concerne la vie familiale, mais on assiste à une montée des suicides de jeunes en ville.

Certains suicides n'ont aucune cause apparente. Plusieurs cas ont été signalés en mentionnant "causes du suicide inconnues". Il est évident que personne ne laisse de lettre explicative du geste.

Chez les Dagara, le suicide est considéré comme "une mauvaise mort", au même titre que les décès par noyade ou par morsure de serpents. Mais il est acquis qu'une personne préfère se donner la mort plutôt que mener une vie sans honneur et sans dignité.

 

- Les troubles psychologiques


Les cas de folie ou troubles mentaux sont plus répandus qu'on ne croit mais les moyens d'y remédier sont assez réduits. Ces troubles peuvent survenir après un deuil ou un bouleversement, un choc issu souvent de la famille ; ainsi ont été signalés des troubles survenus chez certaines personnes ayant longtemps vécus dans les forêts ivoiriennes et ne retrouvent pas à leur retour leur place dans la société, ou bien des troubles issus de maltraitance au sein de la famille.

Ces personnes sont souvent hospitalisées mais un certain nombre passe à l'acte et se suicide.

 

- La honte, le déshonneur :


Cette honte ou ce déshonneur peut prendre plusieurs formes ; elle correspond aux exigences de la société auxquelles on ne peut pas répondre. Ainsi on se suicide car on n'a pas assez d'argent pour célébrer les funérailles du père ou bien parce que l'adulte a contracté une dette qu'il ne peut plus rembourser.

 

Cette honte peut avoir une origine collective lorsqu'une personne est accusée par tout le village d'un fait (réel ou supposé) comme le vol, le viol, l'inceste, l'impuissance, le mauvais sort ou toute autre accusation grave. Pour échapper à l'humiliation collective, la personne ainsi accusée préfèrera se suicider que de vivre avec cette honte et la faire subir à la famille.

 

Certaines histoires sont très compliquées : voici deux cas.
- Un jeune homme a fui en Côte d'Ivoire avec la femme de son frère. Là-bas ils ont eu deux enfants qui sont morts et la femme est également décédée. L'homme est alors revenu dans son village d'origine. Il a demandé au chauffeur de l'arrêter avant l'entrée de la ville. On l'a retrouvé pendu à un arbre, ses bagages posés au pied de l'arbre.
 

- L'autre cas concerne une femme d'orpailleur qui a volé l'or de son mari pour aller le vendre. A-t-elle eu des remords ? Toujours est-il qu'elle a fini par avaler de la mort aux rats. Ou bien en 2016, cette femme prise en flagrant délit de vol et que l'on promena dans le marché de la ville après l'avoir en partie dévêtue, De honte, elle se pendit après avoir été libérée.

 

EN CONCLUSION

 

Tous les suicides ne débouchent pas sur la mort ; certains sont des appels au secours et la personne est secourue sans problème. D'autres ont été découvertes à temps et la personne évacuée à l'hôpital a pu être sauvée. Mais les suivis psychologiques restent rares et il est très difficile de pouvoir aborder le sujet avec la personne qui a tenté de se supprimer.

Le nombre de suicides prend des proportions inquiétantes surtout en ville, et surtout chez les jeunes. C'est un défi que la société burkinabè devra prendre en compte dans les années qui viennent afin de faire tomber les tabous..

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

- Abbé Louis-Armel Somé : "le suicide en milieu Wulé" mémoire en théologie soutenu en juin 2006.
Pour en savoir plus : tel (00 226) 76 19 91 80. Courriel :

 

- Revue "Perspectives psy" - Article du professeur Arouna Ouedraogo " Tentatives de suicides à répétition et dépression chez l'adulte jeune - Etude sur un cas clinique à Ouagadougou au Burkina Faso". vol 46 page 173 à 180

 

REFLEXIONS

 

- 2010 : l'espoir pour ceux qui n'en ont plus

 

ARTICLES

 

- 2015 : suicides chez les cadres formés à Cuba

- 2010 : Bobo Dioulasso, une soixantaine de suicides en 2009

- 2009 : sorcellerie et pendaisons : 35 suicides "réussis" dans le Passoré

 

FAITS DIVERS

 

- 2016 : un élève se suicide faute d'avoir les frais de scolarité

- 2014 : un jeune homme s'immole dans une station d'essence

- 2014 : une femme de suicide après avoir tué ses deux enfants

- 2012 : un prof de français tente de suicider au ministère

- 2012 : suicide d'un employé de l'ONATEL

- 2011 : un père de famille se suicide à cause de la faim

- 2011 : suicide par pendaison d'un élève

- 2010 - il égorge sa femme et se donne la mort

- 2010 : une vieille se suicide en se jetant dans un puits

- 2010 : une fille enceinte se suicide

- 2009 : il assassine sa grande soeur et tente de se suicider

- 2008 : suicide d'une candidate malheureuse au BEPC

- 2004 : suicide d'élèves

 

Ce dossier a été réalisé par Annelise Chalamon et Soumana Natama, après une vaste enquête sur le terrain, par téléphone ou par mail. Que les personnes qui se sont prêtées au jeu soient infiniment remerciées. Les citer toutes serait compliqué d'autant plus que nombre d'entre elles ont demandé expressément à ne pas être nommées. Qu'elles sachent que leur témoignage a été pris en considération pour ce sujet très sensible.
Un remerciement particulier à l'Abbé Louis-Armel Somé, prêtre du diocèse de Diebougou pour son mémoire "Le suicide en milieu Wulé", un travail remarquable et complet qui a permis une meilleure compréhension du suicide en milieu traditionnel.