Consulat du Burkina Faso de Nice

Youba, village sahélien

jeudi 08 novembre 2018

 

 

 

 

ORGANISATION D'UN VILLAGE SAHELIEN

L'EXEMPLE DE YOUBA

 

Le village de Youba se situe à une quinzaine de kilomètres de la ville de Ouahigouya dans le Sahel, au nord du Burkina Faso. Ce village est assez typique des villages rencontrés au Sahel, tout en étant assez préservé - pour l'instant - de l'avancée de la ville.

Youba est un village vieux de plusieurs siècles. Son nom se traduit par : " Quand ils sont venus, ils ont trouvé un baobab, l'ancêtre a dit, je veux rester pour manger mon pain de singe".

 


Les environs de Youba

 

LE VILLAGE

 

Actuellement le village compte 8000 habitants ; il dépend de la commune de Ouahigouya n'ayant pas encore le statut de commune indépendante.
(NB : pour devenir une commune indépendante, il faut un minimum de 5000 habitants et justifier de ressources financières d'un montant de 5 millions de francs cfa).

Il est divisé en 6 quartiers peuplé d'ethnies différentes mais toutes d'origine moaga (yarsé, forgerons...) ainsi que quelques peuls.

Chaque quartier porte un nom différent, avec des familles aux noms spécifiques :

 

MARANGO : situé au Sud - Familles Maïga, Danikoye, Porgo, Bagaya et Ouedraogo

TANGASAKIN : situé au Nord Est - familles Guiro, Baguyan, Ouedraogo, Tinto, Sana, Ganamé, Gassambé, Badini, Mandé

DAYASONNORE : Situé au Nord - Familles Maïga, Guiro, Nacanabo, C'est également le quartier des forgerons avec les familles : Kindo, Guitti,  Zorome

TILLY : situé à l'Ouest -  famille Belem

GANGANDOGO : situé au Sud-Ouest - Famille Ouedraogo

TINGSOBOGO : situé au sud -  Famille Porgo


 

Sa population est très jeune : 65% de la population a moins de 25 ans.

Les habitants sont paysans (agriculteurs ou éleveurs) à 90% ; on note également quelques orpaillages dans les environs.

Le village est connu de la région grâce à son marché au bétail qui s'y tient tous les trois jours.

 

Youba est musulman presqu'en totalité, chaque quartier possède une mosquée et un imam auquel il faut rajouter deux imams responsables de l'ensemble du village.

La Coutume est néanmoins très présente avec l'existence d'un chef de terre (chef de village). Les pratiques traditionnelles sont fréquentes malgré l'Islam.

 

 

LES HABITATS

 

Les quartiers sont accolés les uns aux autres mais séparés par les champs des concessions.

L'architecture des concessions reste traditionnelle, avec des bâtiments rectangulaires à toit plat, bâtis en briques de banco. La taille des concessions varie suivant la taille de la famille. La polygamie étant la norme ; chaque femme possède sa maison qu'elle occupe avec ses enfants, ainsi qu'un grenier à grain. On commence néanmoins à voir quelques constructions modernes en parpaings, appartenant à des familles qui ont plus de moyens grâce - notamment - à l'orpaillage.

 


Les pistes intérieures au village sont larges. A gauche plusieurs concessions, au centre et à droite des greniers à grain, surélevés pour éviter l'humidité et les animaux qui pourraient gâter le grain.
Les ouvertures sont en hauteur et souvent cadenassées pour éviter les vols.

 

Une voie dans le village de Youba - A droite, des boeufs de case. La réserve de fourrage est placée en hauteur ; à la fois pour créer de l'ombre aux zébus mais aussi pour protéger la réserve de paille et éviter que les animaux ne mangent tout d'un coup.

 


De plus en plus fréquemment, les toitures sont faites avec de la tôle ; peu chère et peu solide. Elle engendre de fortes chaleurs dans l'habitat et elle est source d'accident lors de la période de l'harmattan.
 


A gauche, une tombe : il est en effet fréquent d'enterrer un proche ou un chef au milieu du village
A droite, la réserve de fourrage au-dessus de l'étable

 

Chaque quartier se retrouve dans la cour du Chef de famille faute de lieu de rencontre suffisamment grand pour abriter tout le monde.

L'électricité est arrivée jusqu'au village, mais tous les foyers sont loin d'être électrifiés.

 

LA RELIGION

 

La quasi totalité des habitants de Youba est musulmane

 


1- La mosquée de Rayasmnore  - 2- La mosquée de Margngo

 


3- La grande mosquée du vendredi  4 - La mosquée de Gangandogo
 


5-  La mosquée de Tilli   6- La mosquée de Sandogo

 

 

CULTURES

 

90% des habitants sont paysans. Les champs sont semés en juin (suivant les précipitations) et les récoltes sont faites en octobre (suivant les précipitations).

Les cultures sont les mêmes que dans d'autres régions du Burkina Faso. Ci-dessous, des photos de champs cultivés autour du village, auxquels il faut rajouter le petit mil, le coton, et le pois de terre.

Les sols sont fatigués car ils reçoivent toujours les mêmes cultures. De plus le système d'héritage amène un morcelage des terres qui sont réparties entre les fils au décès du chef de famille ; les superficies étant de plus en plus petites, les sols sont sollicités à l'extrême pour les cultures.

 


L'arachide - à droite le Bissap

 


Le haricot vert - à droite le haricot niebe
 


le Gombo et à droite le mil

 


Le riz (rizière sur la piste de Youba dans un bas-fond) - à droite le maïs

 


Le sésame

 

Au  niveau de l'élevage, Youba ne pratique pas d'élevage intensif (malgré le marché au bétail). Chaque famille pratique ce qu'on appelle "un élevage de case" c'est à dire uniquement les animaux nécessaires à la consommation ou l'utilité de la famille  : boeufs, ânes, moutons, chèvres, poulets, pintades ...

 

Le marché au bétail se tient en périphérie du village tous les 5 jours ; c'est un des plus importants de la région et un des plus anciens marché au bétail du Burkina Faso. On y vend des bovins, des caprins, des ovins.

 

 


Détail du pied qui amorce de la corde. Les cordages terminés vont partir à la vente dans la région.

 

Un quatrième groupe de femmes fabrique du savon ; savon liquide ou savons en carrés. Elles sont dotées de tout le matériel de fabrication et vendent dans les marchés.

 


Le savon en cours de fabrication et découpé une fois sec

 


Les savonnières avec le savon liquide à la vente

 

 

Il y eu une tentative pour fabriquer du beurre de karité, mais les environs sont totalement dépourvus d'arbres de karité ; l'import des noix revenait trop cher pour tirer un bénéfice de la fabrication du beurre : le projet a été abandonné.

 

 

On peut noter que ces groupes de femmes ont appris ou réappris leur métier après avoir été alphabétisées en morré pendant plusieurs mois. Cette organisation a été mise en place par un enfant du pays devenu professeur puis député : Sidiki Belem, avec l'aide d'une association qu'il a créée au Burkina Faso FAEDB ainsi qu'une association allemande Wunschtraume de Kathrin Seyfahrt, qui a notamment construit le bâtiment d'alphabétisation.
FAEDB a essaimé en France avec l'association SAEDB (Solidarité pour l'aide à l'enfance en difficulté au Burkina Faso)

 

 

 

 

LES STRUCTURES ADMINISTRATIVES

 

Les enfants disposent d'une école primaire et d'un CEG construit en périphérie du village. Le CEG regroupe des enfants d'autres secteurs que Youba.

Le taux d'enfants scolarisés augmente régulièrement d'une année sur l'autre grâce aux efforts consentis par l'Etat, les associations et les ONG ; néanmoins tous les enfants ne vont pas encore à l'école.

 

Au niveau de la santé, le village possède un CSPS (dispensaire de brousse) ; pour les cas les plus graves ou les urgences, la proximité de la ville de Ouahigouya permet une évacuation rapide, la ville étant dotée de plusieurs structures médicales importantes.

 

 

 

(Photos A. et B. Chalamon - Sidiki Belem - Sidi Madi Ouedraogo - Article rédigé avec l'aide de Mr Belem Sidiki)